Le 29 juillet dernier, après neuf jours de négociations ardues entre pays développés et pays en développement, les négociations du cycle de Doha sur la « libéralisation du commerce mondial » se sont clôturées sur un échec. Une fois de plus, les négociations ont trébuché sur la question agricole.
L’Inde et la Chine ont dénoncé d’une même voix la concurrence déloyale des pays développés dans le secteur agricole. Les représentants chinois et indiens ont refusé la proposition - sous conditions - faite par les Etats-Unis et l’Union Européenne.
D’un côté, les deux grands ensembles géographiques acceptaient de réduire leurs subventions à l’agriculture, de 70% pour les Etats-Unis, de 80% pour l’UE (malgré quelques grincements de dents). De l’autre, les pays en développement étaient autorisés à adopter des « mesures de sauvegarde spéciales pour l’agriculture »[1] en augmentant de 15% les tarifs douaniers sur les importations de produits agricoles, dès lors que celles-ci dépassaient un seuil de 40%.
L’Inde et la Chine ont estimé que ce seuil devait être abaissé, au risque de mettre en péril la survie de leurs agriculteurs. Un protectionnisme agricole qui tranche avec la volonté affichée des pays émergents de libéraliser le commerce mondial de biens manufacturés ! Pas étonnant quand on sait qu’au cours des dernières années et mois, la question agricole est devenue pour ces deux émergents un enjeu de politique intérieure.
Pour chacune de ces deux puissances en devenir, le secteur agricole représente moins de 20% de leur PIB annuel : 12% pour la Chine, 17% pour l’Inde. L’agriculture indienne rencontre en revanche davantage de problèmes que son voisin chinois : une agriculture peu mécanisée et encore peu productive, un endettement croissant des agriculteurs devenus dépendants des semenciers et de l’industrie chimique, sans parler des dégâts écologiques provoqués…
En Inde comme en Chine, l’inflation croissante de ces derniers mois, à plus de 8%, a fait ses premières victimes parmi les agriculteurs et la population rurale. Or, près de 60% de la population active de ces deux pays travaille dans le secteur agricole…
En Chine, le différentiel de revenu et de niveau de vie entre villes et campagnes se creuse. La colère gronde dans les campagnes, comme en témoignent le nombre croissant de révoltes[2] en zones rurales (environ 80000 émeutes reconnues par le Parti avant 2005). En Inde, le mécontentement s’exprime autrement, dans les urnes. Lors des prochaines élections législatives prévues pour mai 2009, les électeurs défavorisés risquent bien de sanctionner le parti du Congrès de Sonia Gandhi qu’ils ont pourtant porté au pouvoir en 2004.
Finalement, la Chine et l’Inde ne se sont-elles pas comportées, dans ces négociations à Genève, comme la plupart des pays développés ? Quand il s’agit d’un enjeu de stabilité intérieure, au diable la libéralisation de l’économie mondiale !
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[1] D’après l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), ces mesures consistent en des « restrictions d’urgence appliquées aux importations à titre temporaire pour faire face à des circonstances spéciales, comme une augmentation soudaine des importations ».
[2] Lire sur ce sujet « Les pays chinois aujourd’hui, trois années d’enquête au cœur de la Chine », par Chen Guidi et Wu Chuntao, Bourin Editeur, 2007, 310p.
Heloïse Brière
on juil 27th, 2011 at 20:13
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