Est-ce pour calmer leur contestation permanente ou est-ce pour donner aux paysans la possibilité de jouer un rôle plus significatif dans le processus de modernisation de la Chine ? Les deux explications sont sans doute à l’origine de cet évènement considérable qui vient d’avoir lieu à la clôture de la session plénière du 17ème Comité central du Parti communiste chinois. A Pékin on assure qu’il va bouleverser le pays autant que le projet des quatre modernisations de Deng Xiao Ping, qui marque le décollage de l’économie chinoise.
En donnant son feu vert au projet de réforme de la propriété de la terre, en particulier en autorisant les paysans chinois à les vendre et à les acheter, le président Hu Jintao veut marcher sur les pas de Deng Xiao Ping : son projet pour les campagnes est d’ores et déjà comparé à la réforme lancée par le Petit Timonier lors de son voyage historique dans le sud du pays en 1982.
La décision du PCC, réuni à huis clos pendant quatre jours, était attendue depuis le début du mois. Les 500 cadres et les membres du Comité central devaient prendre deux mesures essentielles : d’une part, approuver la création d’une structure permettant aux paysans d’effectuer des transactions à partir de leur droit d’usage et, d’autre part, approuver la modification de la législation en vigueur dans un pays où juridiquement la terre appartient à l’Etat. Jusqu’à présent, les paysans ne jouissaient que d’un droit de bail, fixé à 30 ans. Ils ne pouvaient ni vendre, ni transmettre ni louer les terres qu’ils exploitaient, sans l’aval des autorités. Toutefois, même si elles autorisent désormais les agriculteurs à effectuer certaines transactions jusqu’ici interdites, comme l’hypothèque ou la location, ces réformes n’accorderont pas formellement le droit de propriété aux ruraux
Officiellement, l’objectif est de remettre à flot l’économie rurale qui sera ainsi appelée à devenir le nouveau pilier du développement de la Chine, après la transition vers l’économie de marché et l’ouverture des frontières aux investissements étrangers. En réalité, au nom de sa théorie de la « société harmonieuse », Hu Jintao cherche surtout à diminuer ou à limiter l’impact des révoltes paysannes qui se sont multipliées dans les régions où la pression foncière est très forte, comme les provinces méridionales du pays.
La réforme, toutefois, concernera l’ensemble de la paysannerie qui représente aujourd’hui 56% de la population, soit environ 737 millions de personnes vivant dans des conditions particulièrement difficiles.
Dans les campagnes chinoises, les abus de pouvoir des cadres du PCC et des autorités locales, responsables de la gestion et de la propriété des terres, sont la règle. Les expropriations, les expulsions, souvent violentes, sans compensation équitable, ont mis les campagnes à feu et à sang. Les mouvements de protestation peuvent prendre différentes formes, comme les manifestations violentes, les pétitions, voire des actions légales. Selon des sources officielles, en 2007 les expropriations abusives des terres collectives ont été responsables de 70% des conflits entre paysans et autorités locales.
Outre le maintien de la stabilité dans les campagnes, où les questions économiques sont devenues un enjeu politique important, le gouvernement central cherche aussi à améliorer le rendement de la production agricole. Seule 40% de la population active chinoise est aujourd’hui composée de travailleurs de ce secteur : 30% de la main d’œuvre paysanne travaille dans les entreprises rurales, alors qu’une partie non négligeable de ruraux ont choisi de travailler dans les grandes villes, comme l’indique le phénomène des mingong, ces migrants sans lesquels il n’y aurait pas de développement des infrastructures en Chine.
L’exode rural, la confiscation, dans le cadre des réformes économiques, d’ une partie significative des terres agricoles - la surface cultivée est tombée de 130 à 122 millions d’hectares en moins de vingt ans - le manque de surfaces arables, les faiblesses de l’irrigation, handicapent aujourd’hui fortement l’agriculture chinoise. Face à la menace d’une pénurie alimentaire dans un pays d’un milliard trois cent millions d’habitants, ses dirigeants sont forcés d’agir, société harmonieuse oblige.
Any Bourrier
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