Leur première rencontre officielle a eu lieu à Brasilia en 2006. L’année dernière, ils se sont réunis à Pretoria. Aujourd’hui, c’est à New Delhi qu’ils vont essayer de mettre au point une position commune face à la crise financière internationale. Ce troisième sommet du groupe IBAS- Inde, Brésil et Afrique du Sud - ne sera donc pas un rendez-vous protocolaire comme les précédents : il pourrait même marquer une nouvelle étape dans les relations entre ces trois pays émergents. Car jamais les principes qui ont guidé sa création, c’est-à-dire, une transformation des institutions internationales qui tienne compte de l’évolution du monde et un ordre plus juste des relations commerciales entre les pays riches et les pays pauvres, n’ont été aussi actuels.
Le Brésil, qui préside actuellement le G20 - un groupe rassemblant les ministres des finances et les gouverneurs des banques centrales des pays riches et des pays émergents - veut le transformer en forum pour gérer la crise financière. Le ministre brésilien de l’économie Guido Mantega assure qu’il faut répondre aux crises par le biais « d’actions plus coordonnées » permettant aux pays émergents de « contribuer à trouver une solution ». Comme depuis que leur alliance a été scellée les trois pays ont fait preuve de solidarité dans plusieurs forums internationaux, New Delhi et Pretoria apportent un soutien sans faille aux démarches actuelles des autorités de Brasilia.
Cette solidarité était au départ plus politique et diplomatique, se manifestant notamment dans le cadre de leurs efforts pour obtenir un siège permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies pour chacun des trois. Aujourd’hui, elle porte surtout sur les relations économiques. Par exemple, la veille de l’ouverture du sommet, le ministre indien des affaires étrangères Pranab Mukherjee a assuré que « l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud se sont mis d’accord pour porter de 10 à 15 milliards de dollars d’ici à 2010 leur volume annuel d’échanges commerciaux trilatéraux ». Il a expliqué également que cet objectif de 15 milliards de dollars de commerce entre les trois pays devrait être atteint en développant les échanges dans les domaines de la santé, l’agriculture, l’éducation, les transports, l’énergie et les nouvelles technologies.
Outre le renforcement prévisible des relations commerciales, le projet de relancer les négociations au sein de l’Organisation mondiale du commerce sera lui aussi un point important de l’agenda. Car sur cette question les positions sont divergentes. Le président brésilien Lula arrive à New Delhi avec une idée fixe : convaincre ses interlocuteurs indiens qu’il faut conclure les négociations de Doha sur la libéralisation des échanges. Le 29 juillet, à Genève, après neuf jours de pourparlers, le processus avait été bloqué puisque les négociations avaient trébuché sur la question agricole. L’Inde et la Chine avaient dénoncé d’une même voix la concurrence déloyale des pays développés dans le secteur agricole et les barrières imposées par les pays riches. (voir, sur le site, « OMC : l’alliance du lièvre et de la tortue, » de Héloïse Brière). Le gouvernement brésilien, pour sa part, juge qu’il faut être moins exigeant sur certaines demandes des pays riches pour permettre aux négociations du cycle de Doha d’aboutir, comme l’a affirmé le ministre des Affaires Etrangères Celso Amorim il y a trois jours à Brasilia.
Enfin, il sera question d’examiner les progrès accomplis depuis deux ans dans la mise en place d’un projet ambitieux : la création d’une zone de libre-échange réunissant les trois pays. Ou au moins d’un marché à des tarifs préférentiels qui unit déjà pour certains produits le Mercosur sud-américain et l’Inde ou le Mercosur et l’Union douanière de l’Afrique Australe.
Any Bourrier
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