
Les cours du pétrole baissent, le déficit de la balance des transactions courantes est en augmentation rapide, le taux de croissance, actuellement autour de 8%, pourrait chuter jusqu’à 5,7% en 2009. La principale Bourse de Moscou a dévissé d’environ 50% depuis le 1er septembre, la plupart des mesures annoncées pour arrêter l’effondrement boursier n’ont pas été jusqu’ici mises en œuvre, le MICEX, le marché d’actions, n’arrête pas de suspendre ses cotations, bref, depuis deux mois l’économie russe est entrée dans une phase de turbulences et le pessimisme est de rigueur en raison notamment des prévisions de stagnation, voire même de récession.
Ainsi, des nuages annonceurs de grosse tempête s’accumulent dans le ciel du Premier ministre Vladimir Poutine dont la popularité repose essentiellement sur sa capacité à bien gérer l’économie. Les Russes ont gardé un souvenir amer des années 1998-1999, marquées par l’endettement, l’inflation et la dévaluation du rouble. Aujourd’hui, ils sont reconnaissants à l’ancien président d’avoir transformé la Russie en une puissance économique et financière grâce à ses exportations de pétrole et de gaz.
Pour un dirigeant qui voulait être le maître d’œuvre du retour de la Grande Russie sur la scène internationale, cette crise est un coup très dur, pour deux raisons : d’une part, elle laisse entrevoir la fragilité de l’économie russe qui, malgré les formidables revenus du pétrole et du gaz - ou peut-être à cause d’eux – n’a pas su se diversifier. La réforme d’un secteur industriel vétuste, hérité de la période soviétique, est au point mort ; les infrastructures sont dans un état de délabrement inouï ; rien de substantiel n’a été fait dans le domaine du logement et de la santé et une bonne partie de la richesse générée par l’exportation de matières premières a été accaparée par une bureaucratie inefficace ou par la corruption.
D’autre part, la tourmente financière va avoir également des conséquences sur le rayonnement de la nouvelle Russie. Si son économie va mal, Moscou n’aura plus les mêmes moyens pour jouer les puissances hégémoniques dont la zone d’influence s’étend au-delà de ses frontières. Les partenaires européens s’en sont rendus compte très vite : malgré le discours du président de la Commission européenne José Manuel Barroso, plaidant pour une reprise des négociations UE-Russie, l’opposition de certains membres de l’Union laisse penser que quelques débats houleux sont à prévoir avant le sommet bilatéral du 14 novembre à Nice. Ils jugent qu’il est trop tôt pour une reprise du dialogue et préfèrent attendre le résultat des négociations de Genève sur la situation dans le Caucase.
Jusqu’où ce retour en arrière de l’économie russe ira-t-il ? Selon le FMI, elle va continuer de croître cette année mais le taux de croissance devrait s’affaiblir considérablement sous l’effet de la crise mondiale. Le FMI estime que « les perspectives de croissance se détériorent ». A son tour, le ministre russe des Finances Alexeï Koudrine avoue qu’il s’attendait à un ralentissement de la croissance et explique qu’il est imputable « à la baisse des investissements et des commandes de certains partenaires commerciaux, notamment la Chine. »
Certains signes de ce ralentissement sont déjà visibles, en particulier dans le secteur immobilier. Après dix ans d’un boom de la construction immobilière qui a fait de Moscou l’une des villes les plus chères au monde, l’effet des subprimes américains touche de plein fouet ce secteur. Le promoteur moscovite Sergueï Polonski se bat actuellement à coup d’appels sur son blog pour défendre son groupe Mirax menacé de faillite, dont le projet le plus ambitieux est « La Tour de la Fédération », un gratte ciel de 500 mètres de haut actuellement en construction à Moscou.
Une autre catégorie touchée par la crise est celle des célèbres oligarques, qui ont bâti des empires sur des marchés en plein boom. La crise des liquidités les oblige maintenant à vendre leurs entreprises. Même l’homme considéré comme le plus riche de Russie, Oleg Deripaksa a été forcé de se débarrasser de quelques actifs, chez lui et à l’étranger. Ces oligarques sont doublement exposés à la crise car ils ont hypothéqué leurs titres boursiers pour lever d’énormes emprunts afin de financer des projets pharamineux. Est-ce la fin des oligarques russes ? En tout cas, face à la crise, ils seront sans doute obligés de réviser leur manière de vivre.
Car, désormais à Moscou, rien ne sera plus comme avant. A l’exception, bien sûr, du couple Poutine-Medvedev, qui y croit encore. Le président russe va nommer l’un de ses proches pour superviser l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi en 2014. Dmitri Kozak, actuellement ministre du développement régional, sera nommé vice-Premier ministre chargé de l’organisation des Jeux. La Russie prévoit de dépenser 12 milliards de USD pour financer la construction d’ infrastructures à Sotchi. Comme pour la Chine, qui a fait des Jeux Olympiques d’août dernier une démonstration de pouvoir, Poutine et Medvedev veulent eux aussi que la réalisation réussie des JO d’hiver de 2014 soit pour leur pays synonyme de grandeur.
Any Bourrier
0 Comments on “Poutine aurait-il perdu la main?”
Leave a Comment