
Des recherches menées par l’armée chinoise sur les armes biologiques seraient à l’origine de l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère, (SRAS) qui a frappé le monde chinois en 2002 et a fait des milliers de morts. C’est le directeur général des services de sécurité taiwanais Tsai Chao-ming qui a évoqué pour la première fois cette hypothèse devant le Parlement de Taipeh, en citant des sources de la Chine continentale. Selon Tsai Chao-ming, « le SRAS était en fait une arme biologique ». Compte tenu des mauvaises relations entre Taiwan et la Chine et de la guerre de propagande que se livrent les deux pays, on peut avoir des doutes sur le sérieux de cette information. Mais elle permet de s’interroger sur l’état réel de la santé publique en Chine.
Des scandales récents comme celui du lait frelaté, qui a provoqué la mort par défaillance rénale de 4 nourrissons et l’hospitalisation d’environ 11 000 enfants, ont attiré l’attention sur les pratiques douteuses de l’industrie alimentaire chinoise. Mais celle-ci n’est pas la seule à vouloir gagner de l’argent facile sur le dos des consommateurs. L’industrie pharmaceutique, par exemple, est dans le collimateur des autorités depuis qu’un médicament à base de ginseng de Sibérie, produit par l’entreprise Wandashan Pharmaceutical, a rendues malades six personnes, dont trois sont décédées après l’injection de ce médicament, appelé ciwujia, utilisé dans le traitement des maladies du foie. D’autres scandales semblables ont été étouffés dans le passé. Par exemple, il y a quatre ans, 12 enfants sont morts à Canton après avoir mangé des aliments pour bébé contentant des produits chimiques.
Ils révèlent à quel point la santé des chinois est aujourd’hui menacée par les intérêts financiers des groupes industriels ou de petits fabricants qui ne tiennent pas compte des règles minimales de sécurité. Ils ont aussi forcé le gouvernement à prendre à bras le corps la réforme du système de santé publique. Le 14 octobre, la Chine a dévoilé les principales lignes d’un projet « qui vise à créer un système de santé et de soins de base qui couvre les citoyens des villes et des campagnes, offrant à la population des services de soins sûrs efficaces, pratiques et bon marché ». Ce nouveau système de santé sera divisé en quatre grands pôles et sa mise en place permettra au pouvoir chinois de mieux contrôler le fonctionnement des hôpitaux publics, le prix des médicaments, ainsi que les assurances médicales.
Il était temps. Pendant plusieurs décennies, la Chine avait bénéficié d’un système de santé relativement égalitaire, qui essayait de faire la synthèse entre la médicine d’origine occidentale, la médecine traditionnelle et les pratiques populaires. Il avait permis d’élever rapidement l’espérance de vie des Chinois, passée de 35 ans en 1949 à 72 ans aujourd’hui. Suite au lancement des réformes économiques et à l’ouverture du marché dans les années 80, le système de santé mis en place par Mao a été démantelé. L’exode rural et la fermeture des danwei, les entreprises d’état qui accordaient aux travailleurs, entre autres, une couverture dans le domaine de la santé, ajoutés au délitement de la solidarité dans les campagnes et dans les villes, ont été désastreux pour la santé publique en Chine. Un autre système, très inégalitaire en ce qui concerne le coût des frais médicaux et l’accès aux soins, a pris sa place. Il est à l’origine de la détresse et de la mort de bon nombre de pauvres Chinois, incapables de payer à l’avance les frais de traitement et d’hospitalisation. Surtout, l’espérance de vie a fortement ralenti en Chine, de sorte que le pays n’est plus à l’abri des catastrophes sanitaires comme le SRAS ou la grippe aviaire.
Pour certains observateurs, la multiplication des crises dans le domaine de la sécurité, alimentaire ou sanitaire, n’est que la pointe visible d’un iceberg terrifiant, celui des pratiques qui se sont développées dans toute la Chine depuis que ses habitants ont été appelés à « devenir riches parce que c’est glorieux ».Ces craintes sont-elles légitimes ? Seul l’avenir le dira. Pour l’instant, le pouvoir chinois prend très au sérieux le besoin de mettre fin à ces pratiques. Car elles menacent à terme la stabilité du régime et l’hégémonie du Parti communiste, l’héritier officiel des valeurs qui, depuis Confucius, imposent au souverain d’être vertueux et compétent.
Any Bourrier
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