Nicolas Sarkozy va demander aux autorités chinoises de s’impliquer dans la recherche d’une solution à la crise financière mondiale. Lors de son prochain voyage en Chine, il les invitera à participer au grand sommet sur la refonte du système financier mondial, prévu pour novembre, dont l’idée vient d’être acceptée par George Bush. Le président français se rend à Pékin les 24 et 25 octobre pour co-présider le 7ème sommet de l’ASEM, réunissant les 27 de l’Union Européenne et 13 pays asiatiques. Comme l’objectif des Européens est de convier les pays les plus influents du monde pour fixer les règles d’un nouvel ordre financier, ils pourraient difficilement laisser de côté la quatrième puissance économique de la planète, celle qui est déjà perçue par l’opinion publique mondiale comme la superpuissance de demain.
Nul ne peut prévoir quelle sera la réponse de Pékin. « La Chine assumera ses responsabilités internationales » a assuré le vice-président Xi Jingping. Il est clair que les dirigeants chinois veulent coopérer avec l’Occident dans la recherche de solutions mais, comme souvent, ils feront preuve de prudence, de pragmatisme et d’une certaine lenteur dans la prise de décision. Le dragon chinois n’aime pas régler les crises à chaud, il déteste encore plus les pressions venant de l’étranger. Mais à Pékin on est conscient que le montant gigantesque des réserves de change du pays lui impose aujourd’hui le devoir d’agir.
Dans ce contexte, quelle pourrait être la contribution de la Chine ? Fort de ses énormes réserves de change, les plus importantes de la planète, dépassant selon les derniers chiffres officiels 1 900 milliards de USD, le dragon chinois dispose de sérieux atouts. Certains relèvent des particularités de son modèle économique : il peut par exemple se vanter d’avoir un matelas d’épargne unique au monde, il dispose d’un surplus de sa balance commerciale d’environ 180.9 milliards de dollars, d’une monnaie stable et d’un flux d’investissements étrangers directs qui a atteint, selon le ministère du commerce, 6,64 milliards de dollars pour le seul mois de septembre. Des capitaux visiblement attirés par la perspective d’une réévaluation du yuan mais peu importe : cette manne sert aux intérêts stratégiques du gouvernement puisque d’importants placements ont été faits sur le marché américain par les fonds souverains chinois, de sorte qu’aujourd’hui la Chine et les Etats-Unis forment un duo marié par l’argent, baptisé par les experts de l’université d’Harvard « Chinerica »
Pékin peut aussi mettre en avant une croissance soutenue qui n’a pas fléchi de manière significative en dépit de la tourmente financière mondiale. Par ailleurs, la montée du prix des denrées agricoles n’a pas pénalisé l’économie nationale, bien au contraire, elle a favorisé les millions de producteurs ruraux dont le pouvoir d’achat a augmenté depuis. Phénomène extraordinaire, l’indice des prix montre que leur augmentation a été pratiquement nulle puisque en dix ans elle n’a atteint que 10%, c’est-à-dire, 1% par an, un véritable exploit lorsque on le compare à l’emballement des prix internationaux sur la même période. La Chine a donc de meilleures cartes à jouer que la plupart des pays émergents.
Ainsi, l’invitation à participer à l’effort international à côté des grands de ce monde pour l’élaboration des nouvelles règles du jeu de la finance mondiale sera à la fois la consécration du modèle économique mis en oeuvre depuis les années 80 et une source de fierté pour les dirigeants du pays. Mais ils auront le triomphe modeste, car le principe qui régit leur action depuis que la Chine est devenue un partenaire influent est le concept du « soft power ».
Pour l’instant, la principale préoccupation des dirigeants chinois est d’empêcher que la tempête financière fasse trop de dégâts chez eux. Ils sont déjà conscients que, malgré ses atouts et ses particularités, la Chine n’en sortira pas indemne. La première réaction de la Banque centrale chinoise a été de réduire ses taux d’intérêt. D’autres mesures de politique monétaire sont envisagées et l’on n’écarte pas, par exemple, la possibilité d’augmenter les dépenses publiques pour faire face à la détérioration du climat des affaires.
Depuis septembre, les difficultés s’accumulent : la bulle immobilière est en train d’éclater, obligeant les autorités locales à adopter des mesures de soutien à un marché immobilier qui s’essouffle : les ventes ont chuté de 64% en septembre et sur les neuf premiers mois de l’année le glissement a été de 46%. Les municipalités elles-mêmes ont été appelées à la rescousse : certaines se sont mises à encourager ce secteur à coup de subventions, d’autres ont décidé d’augmenter le plafond de l’emprunt. Shanghai a ainsi doublé le plafond de l’emprunt possible auprès des fonds publics pour les primo accédants à la propriété.
De leur côté, les fabricants d’acier et d’aluminium réduisent fortement leur production, les ventes de voiture reculent et certaines entreprises connaissent des difficultés pour l’obtention de crédits. Bon nombre de petites sociétés dépendant des exportations ont mis la clé sous la porte et un important fabricant de jouets du sud de la Chine, Smart Union Group, a dû fermer, victime de la crise en Occident. Cette fermeture a mis au chômage 7 000 employés. Pour faire face à ces difficultés, le gouvernement cherche à augmenter la demande intérieure afin de maintenir la croissance du PIB qui sera inférieure à 10% au troisième trimestre de 2008, contre 11,9% sur l’ensemble de l’année 2007.
A Pékin, on affiche un optimisme de circonstance, teinté d’arrogance à l’égard des dérives occidentales. Malgré la crise, le pouvoir chinois estime que l’économie du pays est en bonne santé. Mais ces dernières semaines on a vu le gouvernement changer de cap : il envisage désormais l’adoption d’une politique macroéconomique souple et prudente, tout en préparant des mesures ciblées concernant la fiscalité et le commerce extérieur. En ce qui concerne le soutien aux entreprises exportatrices, malmenées par la crise aux USA, le ministère du commerce a décidé de réduire les taxes à l’exportation sur le textile, l’habillement et les biens d’équipement. Tout sera fait pour doper la consommation intérieure et éviter ainsi que la Chine tombe en panne de croissance.
Any Bourrier
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