Officiellement, les pays émergents réunis au sein du G 5 se rendront au sommet de Washington en novembre avec l’intention de coopérer avec leurs collègues du G8 dans la recherche d’une solution à la crise financière internationale. Ils y afficheront sûrement une belle unanimité d’actes et de paroles. Ils ont tous appelé à une réforme profonde du système et ont multiplié les déclarations sur le besoin d’aboutir à des résultats concrets lors du sommet convoqué par Nicolas Sarkozy avec la bénédiction de George Bush. La Chine et le Brésil insistent sur la nécessité d’une plus grande régulation du système financier « afin que l’économie virtuelle ne nuise pas à l’économie réelle », comme l’a affirmé à Pékin le premier ministre chinois Wen Jiabao. Toutefois, parlant au nom des cinq, il a fait clairement comprendre qu’il faut que les discussions « soient menées de manière pragmatique et commune ».
Cette dernière affirmation permet de mieux comprendre dans quel état d’esprit les émergents se rendront à Washington. Dès que le président français a lancé l’idée d’un sommet réunissant le G20, le Brésil, la Chine et l’Inde se sont immédiatement mobilisés, en multipliant les rencontres à haut niveau afin d’arrêter une position commune. Un premier consensus avait déjà été trouvé entre le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud à l’occasion du sommet IBAS à New Delhi début octobre. A Paris et à Washington un ballet diplomatique entre les chancelleries brésilienne et chinoise a permis d’arriver à une entente sur différents aspects de la future négociation. A Brasilia, les ministres de l’économie et des finances des pays du Mercosur, le marché commun sud-américain, ont rendez-vous ce lundi pour parler de la crise financière. Bref, les BRIC se concertent pour montrer au reste du monde qu’ils parleront d’une seule voix lorsqu’il sera question d’élaborer les nouvelles règles du jeu pour mettre de l’ordre dans le chaos financier actuel.
Mais au delà des discours et des déclarations de principe, les pays du G5 souhaitent que ce sommet soit celui de la reconnaissance de leur poids dans l’économie mondiale. « Nous ne voulons plus de strapontin ni d’entrée par la porte de service » a résumé un diplomate brésilien. A ses yeux, « la crise nous prouve chaque jour davantage que l’hégémonie des pays industrialisés appartient au passé. C’est en quelque sorte leur arrogance qui nous a conduit à la catastrophe. L’heure est venue de nous écouter et de prendre en compte notre avis ».
Pour les BRIC, le sommet de Washington ne sera pas uniquement l’occasion de faire entendre leur voix et d’asseoir leur légitimité en tant que puissances émergentes, fortes d’un potentiel économique qui se décline en taux de croissance, en surplus de balance commerciale, en réserves de changes et, à l’exception de la Russie, en croissance démographique. Les dirigeants de ces pays ont compris que l’après crise peut être bénéfique pour leurs économies et peut aussi offrir d’excellentes opportunités pour leurs entreprises multinationales. Car celles-ci ont beaucoup d’argent, affichent un solide appétit pour conquérir des marchés et espèrent profiter du désengagement des rivales des pays industrialisés pour occuper leur place laissée vacante en raison de la crise financière. Un rapport publié par le Boston Consulting Group sur les nouveaux challengers de l’économie identifie au moins 10 entreprises des pays émergents poursuivant une stratégie d’expansion. Et 7 sur les 10 plus grosses introductions en Bourse en 2007 ont été réalisées par ces pays.
Le sommet de Washington présente donc pour les BRIC un double intérêt : d’une part, d’être partie prenante d’une négociations décisive pour l’avenir de l’économie planétaire, en position d’égalité avec les superpuissances et, d’autre part, de pouvoir mettre en avant la défense de leurs intérêts propres.
Any Bourrier
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