Les BRIC ont réagi en ordre dispersé à la victoire de Barack Obama. Après la réaction enthousiaste du président brésilien Lula, qui a qualifié son élection de « symbolique », les déclarations du président russe Dimitri Medvedev ont fait l’effet d’une douche froide : sans jamais citer le nom du candidat démocrate, il a accusé en effet les Etats-Unis d’être à l’origine de la crise financière internationale et de la guerre en Géorgie.
Au cours de son premier discours à la nation, le président russe a promis de riposter au déploiement du bouclier anti-missiles américain en Europe de l’Est en positionnant un complexe de missiles Skander à Kaliningrad. Ce discours, destiné aussi bien à l’opinion publique russe qu’internationale, prouve que les dirigeants du Kremlin ne se soucient guère de l’image de leur pays dans le monde, une image qui s’est sensiblement dégradée depuis le renforcement du système de gouvernement mis en place par Vladimir Poutine. Le fait que Dimitri Medvedev ait proposé d’allonger à six ans la durée du mandat présidentiel, contre quatre actuellement, ne fait que confirmer les soupçons d’une dérive autoritaire de la démocratie russe.
En Inde, c’est l’appréhension qui domine la classe dirigeante. Car les relations avec les Etats-Unis, autrefois glaciales, s’étaient considérablement réchauffées sous l’administration républicaine, culminant avec la signature, il y a un mois, d’un accord de coopération nucléaire civil controversé. La principale préoccupation des Indiens porte sur la poursuite de cet accord : Barack Obama imposera-t-il à l’Inde des règles anti-prolifération contraignantes ? Autorisera-t-il les transferts de technologie prévus dans le cadre de l’accord ?
Les autorités de New Delhi s’inquiètent aussi des mesures que l’administration démocrate va prendre pour résoudre la crise économique américaine. Elles craignent un regain de protectionnisme qui sonnerait le glas des délocalisations dont l’Inde a tellement besoin. Quoi qu’il en soit, le nouveau président américain sera reçu les bras ouverts dans ce pays lorsqu’il s’agira de négocier avec le Pakistan une solution pour le conflit du Cachemire, qu’il s’est engagé personnellement à régler.
Les risques d’une Amérique protectionniste font peur également au Brésil, l’allié latino-américain préféré de George W. Bush, pour qui le pragmatisme du président Lula est une espèce d’antidote à l’anti-américanisme du vénézuelien Hugo Chavez. A Brasilia, on salue la victoire d’Obama comme un évènement d’importance planétaire : « du point de vue symbolique, que ce monde d’aujourd’hui élise un ouvrier tourneur au Brésil deux fois de suite, un indien en Bolivie, un évêque au Paraguay et maintenant un noir aux Etats-Unis, c’est très important », a estimé Lula, tout en critiquant “l’irresponsabilité du monde développé», à l’origine, selon lui, de la tourmente financière internationale. Il a concédé pourtant que « l’un des bénéfices de la crise est l’élection de Barack Obama ». Son objectif désormais est de dialoguer avec le président élu pour défendre les intérêts des pays émergents dans les négociations internationales et pour créer un nouvel ordre économique mondial.
Décidément, les BRIC se méfient de la politique économique démocrate avant même l’annonce des mesures promises par Obama pour lutter contre la récession aux Etats-Unis. En Chine, même si officiellement le président Hu Jintao a salué sa victoire avec une emphase peu courante chez les dirigeants communistes, assurant « qu’elle ouvre la voie à une nouvelle période de l’Histoire », il ne paraît pas très rassuré. Comme le Brésil et l’Inde, la Chine, à la fois grand exportateur vers le marché US et principale destination des investissements et des délocalisations américaines en Asie, sait que ses intérêts commerciaux pourraient être menacés par une politique volontariste de la Maison Blanche. Il est vrai que Barack Obama a déjà pointé du doigt les problèmes provoqués par la valorisation de la monnaie chinoise, qu’il considère un facteur de déséquilibre dans les relations sino-américaines.
Any Bourrier
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