Après la clôture à São Paulo, la capitale économique du Brésil, de la réunion des ministres des finances du G 20, un groupe qui rassemble les sept pays les plus avancés et treize pays émergents, la ministre française de l’économie Christine Lagarde a assuré que les participants avaient manifesté « une convergence de vues sur la riposte à la crise financière ». D’abord, ils se sont mis d’accord sur la nécessité d’une réforme des institutions internationales pour éviter des crises à répétition. Ensuite, ils ont admis que les pays émergents ont le droit de faire entendre leur voix et d’influer davantage sur la conduite des affaires du monde. Enfin, ils ont donné implicitement raison au président brésilien Lula, qui critique depuis longtemps l’hégémonie des dirigeants des pays riches et des organismes internationaux lors de la prise de décision sur les finances mondiales. Des conclusions rassurantes mais pas convaincantes. Ce consensus est trop large pour être crédible, son objectif étant plutôt de bien préparer le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement du G20 qui doit se tenir le 15 novembre à Washington.
Car pendant la tenue de la réunion de São Paulo, des clivages sont clairement apparus au sein du G20. La veille de la réunion, le ministre brésilien de l’économie Guido Mantegna avait invité ses collègues chinois, russe et indien pour arrêter une position commune sur l’ordre du jour afin de leur permettre de former un bloc solide face aux pays du G8. Cette position peut se résumer en un mot : plus de pouvoir aux BRIC afin que ceux-ci puissent superviser les pays riches, responsables d’une crise qu’ils n’ont pas su détecter à temps. Considérant qu’il est urgent de prendre des mesures concrètes, les ministres des finances des pays émergents ont ciblé particulièrement une revendication : leur admission au sein du G8, le groupe des nations les plus riches du monde. Ou, à la limite, la transformation du G20 en une instance ayant un pouvoir de décision fort grâce à la participation des chefs d’Etat et de gouvernement et non plus des seuls ministres des finances et des présidents des banques centrales.
Les BRIC ont mis la barre très haut car ils craignent les conséquences de la crise sur leurs économies dont la bonne santé est tout de même relativement récente. Même si, en raison de l’importance de leurs liquidités, ils sont courtisés de toute part - après la Russie, la Chine vient de recevoir un appel au secours de l’Islande, en plein naufrage financier - ils se méfient du G8 perçu comme inefficace. Le Brésil et l’Inde sont également sollicités pour augmenter leur participation financière auprès des agences internationales, notamment le FMI. Bref, pour les quatre grands pays émergents, le moment de peser sur les grandes décisions est enfin arrivé.
Les pays riches leur accorderont-t-ils ce rôle accru dans la gouvernance économique mondiale ? Rien n’est moins sûr. Il est difficile de croire que des mesures radicales seront prises à Washington car il ne faut pas oublier que le sommet du 15 novembre sera présidé par George W. Bush. Le président sortant s’est déclaré à plusieurs reprises contre des réformes importantes des institutions financières internationales. D’autre part, en dépit d’un communiqué final lénifiant, la réunion du G20 au Brésil n’a débouché sur aucune mesure concrète concernant la réforme du système financier. Pour l’instant, seules les mesures de relance budgétaires sont encouragées. L’heure de vérité sonnera pour les BRIC à la fin de la semaine lors de l’ouverture du sommet de Washington : si une réforme profonde du système financier y est décidée, alors ils auront gagné la partie. En revanche ,si les membres du G8 persistent à vouloir régenter seuls les affaires du monde, une fois de plus les pays émergents n’auront été que des figurants.
Any Bourrier
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