La constance et l’opiniâtreté des dirigeants chinois dans la gestion des dossiers sensibles est stupéfiante. Depuis le début de la crise financière ils ne cessent de répéter que la meilleure contribution de la Chine au redressement des finances mondiales ne peut résider que dans la bonne santé de son économie. Pressé par les partenaires américains et européens à piocher dans ses fabuleuses réserves de change d’environ 2.000 milliards de dollars, le Premier ministre Wen Jiabao a préféré concocter un plan massif de relance de sa propre économie. Ce plan prévoit l’investissement de 4 000 milliards de yuans (586 milliards de dollars) jusqu’à fin 2010 pour stimuler la demande intérieure face au ralentissement du PIB et à la stagnation des exportations en raison de la crise financière mondiale.
Ainsi, pour remplacer le manque à gagner dû à la baisse des exportations, il met en action deux autres facteurs de croissance, la consommation intérieure et les investissements lourds dans les infrastructures, les transports et l’énergie. C’est exactement ce que les autorités chinoises avaient fait avec succès en 1997 pour contrecarrer la crise financière asiatique. Dans la foulée de cette crise, Pékin avait mené une politique dont la principale caractéristique était l’accroissement des investissements publics. D’autres mesures sont prévues, en particulier pour la protection de l’environnement, pour des projets éducatifs et pour la construction de logements bon marché. Les campagnes, où vivent 800 millions de Chinois, n’ont pas été oubliées et vont recevoir une partie des investissements alloués par l’Etat.
« Nous allons agir avec rapidité, volonté et efficacité », a promis le Premier ministre. On peut faire confiance aux dirigeants chinois. Augmenter les dépenses de l’Etat, adopter une politique budgétaire active, relâcher modérément la politique monétaire afin d’encourager une croissance rapide et soutenue, comme l’a promis Wen Jiabao, ne doit pas poser de problème. Car en Chine, malgré les beaux discours et la place accordée aux capitalistes rouges, l’Etat reste toujours aux commandes de l’économie. Certes, les dirigeants actuels sont aujourd’hui de fidèles partisans de la liberté de marché mais gardent la haute main sur les investissements stratégiques. En outre, les entreprises les plus dynamiques de Chine, dans le domaine de l’énergie, l’automobile ou l’acier notamment, appartiennent à l’Etat qui les utilise comme des leviers dans la mise en œuvre de ses propres choix.
Même si tout le monde a compris que ce plan vise à soutenir la croissance intérieure dont une chute de 4 points au dernier trimestre de 2008 est d’ores et déjà annoncée, les dirigeants chinois bombent le torse pour souligner « qu’il sera la plus grande contribution de la Chine au monde », selon les mots de Wen Jiabao. La date de son lancement n’était pas anodine : la veille de la rencontre du G20 au Brésil, une semaine avant l’ouverture du sommet de Washington du 15 novembre consacré à la crise. Ce plan sera la carte maîtresse du président Hu Jintao qui pourra ainsi débarquer dans la capitale des Etats-Unis comme l’homme « qui dicte le rythme des politiques d’expansion dans le monde» ,selon la formule de l’économiste Tim Condon qui suit l’Asie à la banque ING.
Après ce message éminemment politique envoyé par la Chine au reste du monde, les interrogations portent sur comment ce pays va-t-il tirer profit de son nouveau rôle et comment va-t-il jouer de sont influence. Son premier souci sera de « lancer les réformes nécessaires du système financier », comme a déclaré Hu Jintao lors de son entretien téléphonique avec le futur président américain Barack Obama. Mais après ? Réponse le 15 novembre, lorsque la Chine, qui se pose malgré elle en sauveur de l’économie mondiale, dévoilera ses véritables intentions.
Any Bourrier
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