
Le nombre des victimes des attaques terroristes qui ont frappé Bombay est impressionnant et justifie pleinement la comparaison avec les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Cependant, cette tragédie n’est pas une nouveauté en Inde. Depuis 2002, en effet, l’Inde est la cible privilégiée d’attentats islamistes qui ont fait plus de victimes que dans aucun autre pays en guerre, l’Irak excepté. De janvier à novembre de cette année, les attentats se sont encore multipliés. En mai, 63 personnes ont été tuées par bombe à Jaipur, la capitale du Rajasthan. En juillet, c’était au tour de la ville d’Ahmedabad, dans le Gujarat et de Bangalore dans le Karnataka. Au total, environ 800 personnes ont péri depuis six ans en raison de l’extension du domaine du terrorisme en Inde.
Comme les précédents, le massacre de Bombay a été revendiqué par les Moudjahidin du Deccan, un groupe mystérieux dont les motivations et les soutiens restent pour l’heure assez obscurs. Mais il est clair que, dans la plupart des cas, des djihadistes pakistanais et bangladais sont à l’origine de ces vagues de violence. Depuis un certain temps, des islamistes du Pakistan sont actifs au Cachemire indien et ne cachent pas leur intention d’étendre leur lutte à l’ensemble de l’Inde. Les relais ne leur font pas défaut, notamment les militants du SIMI ( Students Islamic Movement of India), un groupe d’ environ 20 000 étudiants indiens musulmans formés à l’Université islamique d’Aligarth. Malgré son interdiction par le gouvernement indien en 2001, le SIMI a poursuivi son combat, en modifiant radicalement la stratégie adoptée jusqu’alors : ses membres les plus engagés et les plus actifs ont été envoyés au Pakistan pour y suivre la formation de combattant comprenant l’apprentissage des techniques les plus modernes du terrorisme, comme la fabrication et la pose des bombes.
Parallèlement, ceux qui sont restés en Inde ont décidé de s’organiser en cellules dormantes dont on ne connaît pas le nombre mais qui semblent particulièrement actives dans la recherche et l’étude des cibles potentielles pour des actions violentes.
La question qui se pose est celle de la participation - active ou passive - de la communauté musulmane indienne à ce regain de terrorisme. Il est clair que, compte tenu de l’ampleur du massacre de Bombay, ses auteurs ont pu bénéficier de complicités. Or, les musulmans indiens se sont montrés très discrets ces dernières années et leur communauté ne semblait pas vouloir affronter les hindouistes, en dépit de la tension religieuse entretenue par les fondamentalistes sous le règne du Parti du Peuple Indien, le BJP. Ou alors ils ont eu peur de la toute puissance des adversaires, en particulier des groupes paramilitaires du BJP qui, dans certaines grandes villes indiennes – c’est le cas de Bombay - ont fait de la chasse aux musulmans leur sport préféré.
Pour quelle raison bon nombre de jeunes indiens musulmans se retrouvent aujourd’hui piégés par le radicalisme religieux ? Il y a deux explications : d’une part, ils se sentent exclus dans une Inde qui brille - mais prioritairement pour les hindous – et supportent mal les humiliations, les discriminations, la mise à l’écart des bienfaits de la croissance économique du pays. Le fait que les auteurs des attentats de Bombay aient choisi d’attaquer les symboles insolents de la réussite de la « shining India », comme des hôtels de luxe, est révélateur de cet état d’esprit. La deuxième raison est l’attrait exercé sur ces jeunes par l’idéologie de la guerre sainte et de la vengeance des opprimés. Pour comprendre leurs motivations, il suffit de rappeler les conflits inter religieux qui ont marqué l’histoire de l’Inde moderne, depuis la partition en 1947, jusqu’aux pogromes du Gujarat en 2002, en passant par la destruction de la mosquée d’Ayodhia.
La tragédie qui se déroule actuellement dans la capitale économique de l’Inde montre également le changement stratégique de cette forme locale de guerre sainte. Il y a un basculement spectaculaire de dimension et de méthode, notamment en ce qui concerne les pertes en vies humaines. Cette fois, au lieu de faire exploser de petites bombes dans les marchés ou à l’intérieur des trains, les attaques ont été parfaitement coordonnées, leurs auteurs disposant d’une importante quantité de matériel et se montrant particulièrement déterminés comme leurs modèles, les militants d’ Al-Qaeda.
Any Bourrier
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