Bill Clinton a été pressenti par l’entourage de Barack Obama pour être le médiateur entre l’Inde et le Pakistan, les deux frères ennemis qui sont à nouveau au bord de la rupture diplomatique. A son tour, George Bush a annoncé qu’il allait envoyer la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice en Inde pour calmer le jeu et éviter toute tentative de confrontation entre ces deux pays qui se sont fait la guerre à trois reprises et ont frôlé une quatrième confrontation militaire en 2002. « Il est extrêmement important qu’il y ait le plus haut degré de coopération entre le Pakistan et l’Inde », a déclaré Condoleezza Rice. A Washington, on craint le pire au cas où New Delhi déciderait de réagir par la force aux attentats qui ont frappé Bombay la semaine dernière, attribués par les autorités indiennes à des terroristes venus du Pakistan. Pour les Etats-Unis, et en particulier pour Barack Obama, qui fonde sa stratégie anti-terroriste sur l’aide du Pakistan pour combattre les djihadistes retranchés dans ses zones tribales, la perspective d’un conflit armé et du retrait des troupes pakistanaises de la frontière avec l’Afghanistan - où elles sont censées combattre les talibans - pour se positionner sur la frontière indienne, est une véritable catastrophe.
Pour l’instant, l’Inde réagit avec mesure. New Delhi a protesté officiellement auprès d’Islamabad et a convoqué au ministère indien des affaires étrangères l’ambassadeur du Pakistan, Shahid Malik. Le diplomate s’est vu remettre un message reprochant à Islamabad l’ « échec à juguler le terrorisme qui émane de son territoire ». Ces protestations officielles ont été précédées de quelques menaces du Premier ministre Manmohan Singh à l’encontre des pays voisins s’ils continuaient à abriter les auteurs des attentats en Inde. Mais pour l’instant, le seul coup de poing sur la table reste l’engagement de Singh à sévir contre d’éventuels groupes islamistes présents sur le territoire pakistanais.
Après le carnage de Bombay et les premières vérifications sur l’identité des terroristes, l’Inde pourra-t-elle se limiter à des déclarations certes musclées mais de principe? La démission du ministre de l’Intérieur Shivraj Patil, quoique inévitable dans de pareilles circonstances, ne va pas suffire à calmer la révolte des proches des victimes indiennes. Déjà les va-t-en-guerre se mobilisent pour exiger du Premier ministre plus de détermination à l’égard des mouvements fondamentalistes et du Pakistan qui les abrite.
Manmohan Singh, un modéré qui a misé sur le dégel des relations indo-pakistanaises comme l’un des objectifs les plus nobles de son passage au gouvernement, est aujourd’hui au pied du mur. Ses adversaires du Parti du peuple hindou, le BJP, l’accusent de mollesse face au terrorisme et en profitent pour convaincre l’opinion publique indienne, particulièrement inquiète après ces attentats, qu’il faut un gouvernement capable d’employer la manière forte contre la terreur. L’Inde va entrer bientôt dans une période électorale, puisque des élections générales doivent se tenir en 2009. Dans ces conditions, mettre l’accent sur la frilosité du Parti du Congrès, actuellement au pouvoir, est une bénédiction pour les partis de l’opposition qui espèrent ainsi remporter la mise l’année prochaine.
Mais de quelle marge de manœuvre disposerait le Premier ministre ? Au-delà de la difficile gestion d’une crise sans précédent aussi bien dans le domaine de la sécurité intérieure que de la relation tourmentée avec le Pakistan, sa position est pour le moins insoutenable : Manmohan Singh est en effet pris en tenaille entre les pressions américaines pour qu’il ne bouge pas outre mesure, et le besoin de prouver au monde que l’Inde blessée et traumatisée est non seulement capable de résister mais aussi de riposter. Toutefois, la sagesse lui impose de ménager le Pakistan où un pouvoir civil tout neuf essaye, coûte que coûte, de restreindre les immenses pouvoirs de l’armée et, après tant d’années de régime militaire, de restaurer la démocratie. Si la grandeur d’un homme politique se mesure à sa capacité de prendre en compte la faiblesse d’un adversaire - qui se trouve lui aussi déstabilisé par l’extrémisme religieux - Manmohan Singh a aujourd’hui une chance unique de peser sur l’avenir de l’Asie du Sud.
Any Bourrier

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