L’activité économique continue de ralentir en Chine et les nouvelles macroéconomiques resteront pessimistes pour plusieurs mois. Beaucoup d’indicateurs sont au rouge : la production de biens manufacturés, le développement de l’énergie électrique, le taux des exportations sont tous en berne. Mais il n’y a aucune raison de paniquer. L’économie est entrée dans la phase la plus basse de la récession, le taux de croissance du PÏB descendant à 8,5% au 4ème trimestre, et sans doute vers 7% au premier trimestre 2009. Mais on peut s’attendre à ce que les choses se stabilisent au deuxième trimestre, voire s’améliorent, ramenant la croissance pour l’année entière vers les 8%.
Les raisons pour lesquelles la Chine ne suivra pas l’Amérique et l’Europe dans les abysses pronostiqués sont multiples. Tout d’abord la confiance : personne n’a perdu confiance dans le système financier chinois et il n’y a pas à l’horizon de risque d’insolvabilité du système bancaire. Le Parti Communiste appuie les banques, et si il y a bien quelque chose de solide et pragmatique c’est bien lui. Une grande partie des prêts non performants ont été effacés aux bilans des banques, ce qui rend ces dernières nettement plus solides qu’à l’époque de la crise financière asiatique de la fin des années 90. De plus, les réserves de change chinoises atteignent 2.000 milliards de $.
Ensuite, la liquidité : il n’y a de contraction du crédit en Chine que lorsque le pouvoir le décide. Les banques chinoises prêtent en fonction des ordres qu’elles reçoivent du Parti, qui nomme les principaux dirigeants des banques. L’octroi de prêts a augmenté de 17,6% en septembre alors qu’il n’était que de 12% en janvier - comparé aux mêmes périodes de l’année précédente - et le phénomène ne devrait que s’amplifier suite au déblocage des quotas de prêts décidé par la banque centrale. La mise au marché d’instruments monétaires supplémentaires pointe également un haut degré de liquidité du marché.
Un autre facteur qui permet à l’économie chinoise de résister est la faiblesse de sa dette extérieure. Combinée à une faible exposition à l’international des comptes de capital, ces deux phénomènes protègent très fortement le pays des soubresauts provoqués par le cataclysme financier occidental. Le service de la dette se situait sous les 2% au début de 2008, le ratio de dette extérieure était inférieur à 30% et le ratio « dette extérieure X réserves de change » à 14% seulement.
Quant aux exportations chinoises, elles ne se portent pas mal quoi qu’on en dise. Elles croissent de 23,1% d’une année à l’autre au 3ème trimestre 2008, contre + 26,2% pour la même période en 2007. Durant les 9 premiers mois de 2008, la croissance affichait + 22,3% contre + 27,1 en 2007 et + 30.6% en 2006. Les deux segments exportateurs majeurs – équipements mécaniques et électronique, qui concouraient pour 58% du total export en 2007 – sont en chute relative mais restent très sains. L’essentiel du ralentissement des exportations provient des secteurs du textile et de l’acier. Bien que la demande se casse la figure aux USA, en Europe et en Asie, on peut honnêtement croire à une croissance qui reste au-dessus des 10% en 2009. En revanche, les exportations nettes, c’est-à-dire la partie du commerce qui contribue à la croissance du PIB, se sont détériorées : seulement +13% sur les 9 mois de 2008 contre +51% pour la même période en 2007. Ceci dit, l’impact global reste faible car l’an dernier les exportations nettes ne représentaient que 16% dans la croissance du PIB. Lorsqu’on se préoccupe de la croissance économique générale de la Chine, on devrait s’intéresser à la demande intérieure et à l’investissement, pas aux exportations.
En tout état de cause la consommation privée reste très forte. Les ventes au détail de septembre ont crû de 23%, tout près du record de juillet (23,3%), le taux le plus rapide constaté depuis 9 ans. Les dépenses des ménages devraient néanmoins ralentir en 2009 suite au coup de frein sur les revenus urbains en 2008, mais ceci ne devrait pas brider outre mesure cet indicateur de développement économique global - il faut se souvenir que le taux d’épargne des ménages est maximum et qu’ils n’ont pratiquement pas de dettes. Les ventes au détail ne devraient donc pas passer sous la barre des 10% de croissance, après un taux jusqu’ici de 14%.
Les investissements eux aussi ne fléchiront pas. On prévoit qu’en 2009 les investissements en actifs long terme vont croître plus que les 25% observés d’une année sur l’autre au cours es 7 dernières années, ce qui contrebalancerait la chute attendue sur les exportations. Si la croissance des investissements dans l’immobilier résidentiel a chuté depuis juin ce n’est pas le cas pour l’ensemble des segments de la construction (institutionnel, industriel, commercial), qui restent eux en croissance. Comme les achats et transferts de propriété des terrains sont inclus dans les statistiques d’investissement chinoises, la croissance dans ces secteurs recouvre donc l’achat et la préparation des terrains aussi bien que la construction elle-même. Du coup, un accroissement de l’investissement dans la construction en juillet ne se traduit pas forcément par un accroissement des m2 livrés avant plusieurs mois. A noter que le gouvernement a augmenté sérieusement les dépenses destinées aux infrastructures, de 38% entre janvier et août, alors qu’ elles ne représentaient que 16% en 2007 : il s’agit là du plus important effort fiscal fait par le gouvernement mais que peu d’observateurs ont bien voulu noter.
La baisse rapide des prix des matières premières, des produits de consommation courante et de l’énergie, est une autre source d’optimisme potentiel car elle induira mécaniquement des profits industriels en augmentation en 2009. L’indice des prix continue à baisser, car l’indice des achats de matières premières et pétrole est passé de 115.4 en juillet à 114 en septembre. Il suffit de suivre les courbes de tendance - à la baisse - pour les mois à venir pour comprendre que ce phénomène aidera à la reconstruction des marges et accroissement des profits en 2009.
Et même si la croissance des profits industriels est passée d’un pic très fort mi-2007 à des niveaux nettement plus faibles cette année, elle n’a pas disparu : par exemple dans le secteur énergétique, le pourcentage est passé de +38,4% au cours des 5 premiers mois à +27,6% pour les 8 mois, ce qui n’est pas si loin des + 33,6% de l’année entière 2007.
Les politiques économiques annoncées en Octobre – qui combinent une baisse des taux d’intérêt, une réduction des apports personnels minimum et un coût réduit des transactions immobilières – sont à l’opposé de celles prises en 2007 pour ralentir artificiellement les ventes immobilières en Chine. Ayant réussi à infléchir la courbe de croissance des prix de l’immobilier, la ramenant quasiment de +25%/an à zéro, Pékin n’a aucunement l’intention d’aller jusqu’à démolir encore plus le marché immobilier. Au contraire : avec un peu plus de pouvoir d’achat - par le ralentissement de la hausse des prix de vente - pratiquement pas de dette et des banques incitées à prêter (rappel : elles sont toutes contrôlées par le Parti), les accédants potentiels à la propriété vont retourner sur ce marché. On peut donc s’attendre à une sérieuse reprise de l’activité dans ce secteur vers la seconde partie de l’année, ce qui relancera sans doute la hausse des prix dans tout le pays (sauf dans le sud, notamment à Canton qui éprouve de sérieuses difficultés structurelles). C’est le moment de regarder de près les programmes immobiliers chinois…
Mais malgré ces indices relativement optimistes, début octobre le gouvernement a annoncé la première étape d’un programme de stimulation massive de l’économie pour que sa croissance ne descende pas en dessous de 8% en 2009. Comme il a accumulé un surplus budgétaire l’an dernier et encore au cours des 8 premiers mois de 2008, il ne fait aucun doute que Pékin a les moyens de pourvoir approvisionner un fonds de relance pour au moins les 4 trimestres à venir sans se préoccuper de problèmes à plus long terme. D’autre part, la Chine a besoin de beaucoup plus d’infrastructures que celles dont elle dispose à l’heure actuelle : le réseau ferré est inadapté pour transporter personnes et marchandises, une majorité des 600.000 villages n’a pas d’accès routier décent au bourg le plus proche ; 300 millions de chinois n’ont pas accès à l’eau potable et, tandis que le gouvernement se penchait sur l’augmentation de la génération de puissance électrique, elle oubliait carrément de pourvoir les investissements nécessaires dans son transport et sa distribution. Ce qui veut dire que pour un nombre incroyable de projets la machine à dépenser devrait rapidement accélérer son rythme en ce domaine également.
La panoplie des mesures incitatives à la disposition de Pékin est grande, depuis la réduction des impôts et des taux d’intérêt jusqu’aux remises à l’exportation en passant par un possible freinage à la mise en vigueur de règles sociales et environnementales récemment annoncées. Aucune de ces mesures n’a vocation à assurer le long terme, mais déployées sur une base temporaire elles pourraient bien se révéler très utiles pour éviter à l’économie de percer le plancher des 8% de croissance - indispensable - l’année prochaine.
Any Bourrier
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