Selon China Press and Publishing Journal, le gouvernement chinois a l’intention de constituer une banque de données avec le nom des professionnels des médias ayant un mauvais dossier. En d’autres mots, il y aura bientôt en Chine une liste noire des journalistes qui ne sont pas aux ordres du pouvoir. Ceux-ci se verront retirer leur carte de presse à chaque fois qu’ils seront soupçonnés d’enfreindre les règlements et les lois. Une menace de plus tendant à prouver que le régime de Pékin continue d’avoir peur de la liberté d’expression. Derrière cette nouvelle décision visant à limiter la liberté d’informer, pointe la crainte des possibles débordements dans un secteur particulièrement sensible et risqué dont le contrôle - notamment sur l’Internet - est considéré comme vital par le Parti communiste. Pour preuve, la fermeture de Bullog.cn, l’un des blogs les plus influents du pays où s’exprimaient des courants de pensée originaux et innovateurs.
Si les autorités chinoises montrent des signes de nervosité en ce début d’année c’est parce que 2009 sera riche en évènements politiquement sensibles, dont la commémoration est porteuse de menaces de déstabilisation du régime. Il faut donc dissuader les médias de s’y intéresser de près.
Le calendrier des évènements à haut risque débutera le 10 mars, lorsque les Tibétains fêteront le 50ème anniversaire du soulèvement populaire contre la main mise de la Chine sur le Toit du Monde. Le Dalaï Lama a déjà prévenu l’opinion publique internationale que la situation au Tibet reste très tendue et que la moindre étincelle peut mettre les communautés tibétaines à feu et à sang. Malgré les efforts de Pékin pour maintenir l’ordre et malgré les affirmations officielles selon lesquelles la situation est stable, la révolte couve à Llassa et il est difficile, voire impossible, de mesurer la capacité de mobilisation des fidèles, toujours orphelins de leur guide spirituel obligé de s’exiler en Inde suite à la répression qui a suivi le soulèvement.
A l’approche du 10 mars, le pouvoir central multiplie les projets de mise au pas de la population tibétaine et la présence de troupes chinoises dans la province autonome prend les allures d’une occupation militaire. Ainsi, au début de la semaine, le très officiel Le Quotidien du Tibet a prévenu ses lecteurs : « Nous sommes face à une lutte de classes à la vie à la mort et à une bataille politique entre séparatistes et anti-séparatistes liée aux fondements politiques du Parti communiste, à l’unité de la mère patrie et au maintien de la stabilité sociale », écrit son éditorialiste.
L’attitude des autorités de Pékin sera d’une autre nature mais tout aussi redoutable autour du 25 avril, lorsque les fidèles de Falun Gong essaieront d’attirer l’attention du monde entier sur les persécutions dont ce mouvement est la cible depuis dix ans. Certains membres du Falun Gong sont morts en prison, d’autres poursuivent leur pratique dans la clandestinité, tous cachent leur appartenance car ils vivent dans l’angoisse d’être persécutés. En apparence, le pouvoir chinois a gagné la bataille contre Falun Gong mais selon des observateurs sur le terrain, les adeptes n’ont pas renoncé à leurs croyances et attendent des circonstances plus clémentes pour reprendre leurs pratiques.
Le troisième anniversaire est potentiellement le plus dangereux pour le Parti communiste parce qu’il met en lumière le désir de démocratie sous-jacent dans la société chinoise depuis près d’un siècle. En effet, le 4 mai on fête le 90ème anniversaire de la naissance du premier mouvement étudiant pro démocratique apparu en Chine. Il a marqué les esprits puisque son exemple a été imité à plusieurs reprises, notamment au Printemps de 1989 à Pékin. Certes, il ne reste pratiquement plus de survivants de ces évènements dramatiques écrasés dans le sang par l’ Armée de Libération du Peuple. Les jeunes manifestants qui promenaient la statue de la déesse Démocratie place Tian An Men il y a vingt ans se sont reconvertis dans les affaires, se sont exilés ou ont été laminés par la police politique. Mais l’histoire aime repasser les plats : on assiste actuellement à la renaissance des idéaux de la génération Tian An Men, dont près d’un millier ont été massacrés par des chars sur cette place dans la nuit du 4 juin 1989. Leurs rêves nourrissent la démarche des signataires de la Charte 08, un mouvement réunissant des étudiants, des intellectuels et des militants des droits de l’homme qui revendiquent une réforme politique profonde et une plus grande liberté d’expression dans le pays.
Jusqu’à présent le régime chinois a pu contrôler l’information grâce à la mise en œuvre de puissants moyens de répression, de propagande et, surtout, de manipulation. Un exemple, les wufen, surnom donné aux internautes qui défendent les positions du gouvernement sur la Toile, payés cinq fen par intervention, c’est-à-dire, 0,5 centimes d’euro. Mais depuis que le fil Twitter grâce à ses messages non filtrés a ouvert une brèche dans la censure officielle, on se demande si le temps de l’information contrôlée en Chine n’est pas fini, comme l’a fait le journal en ligne Rue 89 dans son édition du 12 février. La diffusion immédiate des images de l’incendie de l’une tours jouxtant le futur siège de la télévision d’Etat ( CCTV), malgré la volonté du gouvernement qui voulait passer sous silence cette affaire, a été un coup très dur pour les censeurs chinois. Car il porte à croire et permet d’espérer que la structure de contrôle de la pensée populaire est fragile et risque de ne pas résister au développement rapide des technologies de l’information.
Les dirigeants de Pékin sont conscients aujourd’hui qu’ils ont intérêt à développer une meilleure image du régime hors des frontières aussi. Des plans destinés à « vendre » sur la scène internationale ce que depuis quelques années il est convenu d’appeler ” le modèle chinois “, baptisé “soft power”, ont été élaborés au sein du département de propagande du PCC qui a instrumentalisé l’agence Chine Nouvelle et la télévision d’Etat pour véhiculer les valeurs de la culture et de la civilisation de l’Empire du milieu aux barbares de l‘Ouest et aux voisins asiatiques.
Suivant l’exemple de Al-Jazeera et d’autres chaînes dont la vocation est d’être non seulement un moyen d’information mais aussi un outil de propagande, CCTV devra se lancer dans l’international avec des moyens considérables : selon Asia Times, environ 9 milliards d’euros auraient été alloués par Pékin pour mettre en place un dispositif de propagande externe (waixuan gongzuo) dont le principal but est de donner à la Chine la capacité d’influer sur le monde. Depuis quelques années, pour être plus en phase avec la modernité, la télévision d’Etat lance régulièrement des chaînes émettant en langue étrangère. D’abord en anglais, ensuite en français et espagnol. Une chaîne en langue portugaise destinée à l’Afrique - la Chine détient de gros intérêts pétroliers en Angola - devra voir le jour d’ici 2010 ainsi qu’une chaîne en arabe. Le premier point de leur cahier de charges est de rendre attractif le « socialisme avec des caractéristiques chinoises », c’est-à-dire, le système politique de parti unique, l’absence d’un Etat de droit et une croissance économique désastreuse pour l’environnement. Les médias chinois disposeraient-ils de professionnels assez talentueux pour convaincre l’opinion publique internationale d’avaler une telle pilule ?
Any Bourrier
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