Pour la première fois les nouvelles concernant le Carnaval de Rio ne sont pas si catastrophiques. Jusqu’à présent, elles mettaient l’accent sur le nombre de victimes de la violence urbaine ou sur le triste spectacle des dépenses somptueuses faites par une population pauvre juste pour s’amuser pendant trois jours de suite. Cette année, changement de cap, les informations sur les préparatifs de la fête qui commence à peine font état d’une ambiance joyeuse et pleine d’espoir. Selon l’office du tourisme de Rio, la fréquentation et les recettes des bals et des défilés sont en hausse et le carnaval de Rio ne devrait pas être gâché par la crise économique mondiale. Environ 800 000 touristes étaient attendus, soit 10% d’augmentation par rapport à l’année dernière. Ils devraient injecter quelques 415 millions d’euros dans l’économie locale.
Le carnaval de Rio serait-il une exception dans un Brésil touché, comme le reste du monde, par une récession sans précédent ? Ou, par un merveilleux hasard, ce pays émergent réussirait-il à s’en sortir mieux que les autres ? Pour les pessimistes, qui ne croient pas aux affirmations officielles minimisant les effets de la crise, le Brésil n’est pas du tout épargné : une prévision de croissance en baisse à 1,7% pour l’année entière, une augmentation sensible de l’inflation (4,7% en 2009), un préoccupant mouvement de fuite de capitaux, puisque en quelques mois les étrangers ont retiré de la Bourse brésilienne l‘équivalent de 24 milliards de dollars.
Les indices économiques de janvier 2009 sont venus confirmer ces craintes. Le mois dernier, l’Institut Brésilien de Statistiques ou IBGE, a publié des chiffres sur les quatre derniers mois de 2008 qui indiquent une chute de l’activité industrielle de 7,8 %. En janvier, également, après l’euphorie des fêtes de fin d’année, on a constaté une diminution sensible de la consommation des ménages avec des conséquences en cascade sur toute la chaîne de vente et de production. Parallèlement, la réduction des commandes à l’exportation a entraîné une diminution de l’activité et une forte baisse de l’excédent du commerce extérieur brésilien, essentiellement à cause de la vigueur de la demande de produits importés. Du coup, la Banque Centrale a abaissé d’un point son taux directeur pour relancer la croissance et pour limiter le chômage.
Ainsi, le mouvement d’expansion de l’économie brésilienne qui s’était emballé en 2007 et s’est poursuivi au cours du premier semestre de 2008, a été sensiblement ralenti en raison de la dégradation de la situation financière internationale. Même si, au Brésil, le marché du travail reste dynamique et continue d’alimenter la création d’emplois à un rythme soutenu, le gouvernement n’est pas resté les bras croisés et une série de mesures - certaines symboliques, d’autres techniques, comme la réduction du taux directeur de la Banque Centrale, la plus forte depuis 2003 - ont été prises pour éviter que la crise mondiale n’arrête l’envol entamé il y a deux ans. Parmi les mesures symboliques, citons l’absence du président Lula au sommet économique de Davos. Contrairement à son habitude, il ne s’est pas rendu en Suisse en janvier dernier pour serrer la main des grands décideurs mondiaux préférant envoyer à sa place le ministre des finances Guido Mantega et le président de la Banque Centrale Humberto Meirelles.
Pour ceux qui envisagent l’avenir économique du Brésil avec optimisme, comme c’est le cas de l’économiste Martin Hutchinson, ce pays va résister mieux que les autres à la crise actuelle car il peut compter sur une épargne nationale solide et sur une politique d’accueil des capitaux capable de les faire revenir rapidement. « Le Brésil devrait bien tirer son épingle du jeu, malgré le poids de sa dette », assure Hutchinson dans sa chronique hebdomadaire publiée par le journal Le Monde.
Présenté comme l’un des champions de la mondialisation qui a su profiter de l’ouverture des marchés pour devenir un géant de l’agriculture mondiale, le Brésil ne veut pas perdre sa position de pays qui compte dans le groupe des nouvelles puissances vers lesquelles l’axe économique du monde est en train de se déplacer. Ses dirigeants n’ont pourtant pas le droit à l’erreur et s’ils ont fait preuve de perspicacité et de bons sens dans la gestion d’une économie qui vient de loin, après « les décennies perdues » de la fin du siècle dernier, aujourd’hui le contexte international leur interdit la moindre faute.
Any Bourrier
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