Début mars, l’ouverture de la session annuelle de l’Assemblée Nationale Populaire est un évènement considérable pour les 2 985 délégués des provinces et régions autonomes chinoises. C’est l’occasion pour les gouverneurs des provinces et des potentats locaux, des parlementaires non élus puisque cooptés par le Parti communiste, de se rendre à Pékin, de côtoyer le pouvoir, de parader face à la presse de la capitale et, au moment de la conclusion des débats, d’approuver de bon gré les lois et les décrets préparés à l’avance par le Bureau Politique.
Cette année, la crise financière mondiale aidant, les députés se sont réunis place Tian An Men avec d’autres soucis. Certains voulaient soumettre au gouvernement leurs propres projets d’investissements, préparés dans le cadre du plan de relance de novembre 2009 qui va injecter dans l’économie chinoise environ 466 milliards d’euros. La somme des revendications financières des parlementaires était tout simplement quatre fois supérieure au montant du plan annoncé. Ils espéraient obtenir satisfaction car depuis quelques jours, le gouvernement distillait au compte-gouttes, comme c’est son habitude, des rumeurs sur l’annonce d’un plan de soutien à l’économie de plus de 1 100 milliards d’euros. La Bourse de Shanghai avait même anticipé la nouvelle, avec un bond de 6% la veille de l’ouverture de la session annuelle de l’Assemblée.
Mais d’annonce, point. Le plan de relance de l’économie chinoise ne fera pas le gouvernement débourser davantage que les 466 milliards d’euro alloués en novembre 2008. Ceux qui s’attendaient à une rallonge, voire à un doublement de la manne pour sauver l’économie mondiale, seront déçus. Le discours de deux heures du Premier Ministre Wen Jiabao sur l’état de la nation l’a confirmé : la Chine n’a pas envie de porter secours à l’économie mondiale ni d’aider les marchés. Ses dirigeants se disent confiants dans les perspectives du marché intérieur et espèrent maintenir le taux de croissance autour de 8% « pour développer l’emploi, augmenter les revenus et protéger la stabilité sociale » comme l’a répété Wen Jiabao.
Que s’est-il passé au sommet de l’Etat chinois ? Pourquoi ce flottement entre les rumeurs distillées et le discours du Premier ministre ? Certains observateurs avaient déjà noté que l’extension du plan de relance était à l’origine de quelques tiraillements entre les deux clans dominants du Bureau politique. Pour les conservateurs, aucune nouvelle mesure ne devait être prise avant de connaître les résultats du plan décidé en novembre. Pour les défenseurs d’une approche plus dynamique, il était temps « d’agir plus rapidement et de prendre des mesures plus fortes », comme l’a déclaré le gouverneur de la banque centrale Zhou Xiao-chuan. Ceux-ci sont persuadés que la crise financière mondiale est en train de miner le modèle économique basé sur les exportations mis en oeuvre dans les années 80. Il est vrai que dans le Guandong, la principale province exportatrice chinoise, elles ont chuté de 20% en février.
Sans vouloir entrer dans le débat sur les orientations futures de l’économie chinoise, le Premier ministre a dévoilé les principales mesures de relance que son gouvernement envisage pour les douze prochains mois. D’abord, des programmes pour développer les infrastructures et le secteur BTP. Ensuite, des investissements dans l’éducation, la santé et le logement, notamment pour la population des campagnes. Les paysans, qui sont au centre des préoccupations des dirigeants chinois en raison des risques de révolte ou de jacquerie dans les zones rurales, auront eux aussi leur part du gâteau. Enfin - est c’est le volet le plus innovateur de la stratégie anti-crise chinoise - il est prévu de donner un coup de fouet à la consommation intérieure pour pallier à la chute des exportations. L’Etat chinois envisage en effet d’investir lourdement dans la création d’un système de sécurité sociale moderne. Comme en Chine l’assurance maladie et les pensions de retraite sont quasi inexistantes, les Chinois ont tendance à épargner pour assurer leurs vieux jours. Or, l’Etat souhaite que les épargnants puisent dans leurs matelas de yuans pour consommer davantage et ainsi rendre plus dynamique le marché intérieur chinois afin de combler le vide de la demande extérieure qui fait défaut.
Les autorités chinoises affichent depuis le début de ce rendez-vous politique annuel un optimisme sans faille. Avec un taux oscillant entre 6,5 et 8% cette année prévu aussi bien par son gouvernement que par le FMI, la Chine reste le champion mondial de la croissance. Contrairement aux économies occidentales qui s’enfoncent dans le rouge, la chinoise semble vouloir repartir, notamment dans le secteur de la production de biens de capital : les importations de matières premières ont repris et avec elles la production industrielle. Parallèlement, la Chine déploie une activité sans précédent sur la scène internationale. Après la tournée du Premier Ministre Wen Jiabao en Europe, c’est le ministre du commerce extérieur Chen Deming qui est venu faire des emplettes. Profitant de ses réserves de change d’environ 2 000 milliards de dollars, Pékin envisage en effet de profiter de l’éclatement des bulles en Occident pour y acheter à bas prix aussi bien des entreprises que des biens immobiliers.
Any Bourrier
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