Sichuan Airlines deviendrait la première compagnie aérienne à recevoir, au début de l’été 2009, un Airbus A320 construit et assemblé hors de l’Europe.
Identique aux appareils produits par Airbus, l’A320 sortira de l’usine d’assemblage de Tainjin, filiale d’Airbus A320, située dans la ville côtière du même nom, à cent vingt kilomètres de Pékin. Inaugurée en septembre 2008, Tainjin est la troisième chaîne d’assemblage après celle de la France et de l’Allemagne. L’investissement total de l’usine est estimé entre 8 et 10 milliards de yuans (entre 1,17 et 1,47 milliards de USD).
Ce premier Airbus devrait effectuer son vol d’essai en mai 2009, un ou deux mois avant sa livraison. Le vol d’essai aura lieu à l’aéroport de Tianjin où une piste est en cours d’aménagement pour tous les vols d’essais des appareils de la famille des A320. Cette famille de mono couloirs Airbus de 100 à 220 sièges comprend les A318, A319, A320 et A321.
Un avion made in China mais coûteux
De l’aveu des dirigeants d’Airbus, l’A320 est plus cher à produire à Tianjin qu’à Toulouse ou à Hambourg. Malgré 600 millions de dollars d’investissements, les futures améliorations de la chaîne logistique, et la montée en puissance de l’usine, l’A320 made in China ne serait pas l’avion low-cost escompté.
L’appareil aurait explosé les coûts de production européens en raison d’importants frais de transports par bateau de sous-ensembles fabriqués par des sous-traitants en Europe. Certains éléments effectuent d’onéreux vas et viens ! Les structures d’ailes, par exemple, sont partiellement fabriquées en Chine. Puis elles sont affrétées vers l’usine Airbus de Broughton dans le Pays de Galle pour l’installation d’équipements électriques. Enfin, elles retournent en Chine pour l’assemblage final.
A ces dépenses, viennent s’ajouter celles liées à la formation du personnel chinois détaché en Europe et à la présence d’environ 180 ingénieurs français et allemands expatriés en Chine.
Stratégie du partenariat
Dans ces conditions, quel intérêt la coopération industrielle entre Airbus et l’industrie aéronautique chinoise a-t-elle ?
L’objectif d’Airbus dans l’empire du Milieu est d’augmenter sa part de marché et de concurrencer Boeing, majoritaire dans le pays. L’avionneur américain y détient deux tiers du marché, un marché estimé à 300 milliards de dollars dans les quinze prochaines années.
Ce partenariat avec la Chine a permis à Airbus de passer de 4 % des parts de marché en 1995 à 39 % en 2008. Avec 470 avions en service en Chine, Airbus détient 40 % de la flotte des plus de 100 sièges. Il prévoit de livrer entre 70 et 80 appareils en 2009 - dont 11 de la famille A320 assemblés à Tainjin. L’usine devrait aussi fabriquer 4 avions par mois avant fin 2011 - tous destinés au marché chinois. La Chine aurait commandé à Airbus plus de 700 avions.
Mais face à la crise financière qui frappe le marché du transport aérien dans le monde, ces objectifs seront-ils atteints ? « Pour le moment, nous nous en tiendrons à notre plan », a déclaré Laurence Barron, président d’Airbus China à Radio Chine Internationale. Toutefois, a-t-il reconnu, la production pourrait être revue à la baisse et les commandes de nouveaux appareils pour 2009 pourraient être reportées ou annulées.
Une Chine ambitieuse
Même si, pour l’heure, la Chine n’est pas l’éden low-cost des constructeurs, le pays reste un concurrent à ne pas négliger. Un accord renforçant la coopération d’Airbus avec son partenaire chinois Xian Aircraft Industry (XAC) permettra prochainement d’assembler des ailes complètes pour les A320. Elles seront alors achevées à Tianjin, évitant ainsi les coûteux allers-retours en bateau entre la Chine et l’Europe.
De plus, Airbus et un groupe de partenaires industriels chinois ont signé en janvier 2009 un contrat de joint-venture pour l’implantation d’un nouveau centre de production à Harbin, au nord est de la Chine. L’usine produira des éléments et des pièces en composites destinés à la fabrication du programme A350, le futur biréacteur long courrier, et aux appareils de la famille A320 d’Airbus. Il devrait être opérationnel d’ici 2010.
L’aéronautique chinoise poursuit son envol, ce qui inquiète certains observateurs occidentaux. Le pays réussira-t-il, à terme, à concevoir son propre gros-porteur ? C’est en tous cas son intention. La Commercial Aircraft Corporation of China (CACC), le nouveau constructeur inauguré en mai 2008, ambitionne de construire un avion de 150 places – prévu pour 2020 -susceptible de concurrencer Airbus et Boeing. Basée à Shanghai, l’usine de fabrication produit actuellement, de façon indépendante, un premier jet régional (l’ARJ21) et a déjà reçu 208 commandes en Chine et à l’étranger. Dotée d’un capital de 1,8 milliards d’euros, la CACC est détenue à 30 % par l’État.
Airbus conserve une large marge d’avance, mais il subit comme partout les conséquences de la crise. Il devra pour rester en tête accélérer « la recherche et l’investissement technologique », a confié récemment Louis Gallois président de EADS (European Aeronautic Defense and Space) au journal Le Monde. Sinon, concède-t-il, « les Chinois et les Indiens prendront le relais ».
24 ans de coopération Industrielle entre Airbus et la Chine
En 1985, la Civil Aviation Administration of China de Shanghai (CAAC), aujourd’hui China Eastern Airlines, est devenue le premier transporteur chinois à exploiter des appareils appartenant aux compagnies européennes. Les contrats attribués aux compagnies aéronautiques chinoises pour fabriquer des éléments d’Airbus se sont ensuite succédés, ainsi que les commandes. Initiée en 2000, la coopération de la Chine avec Airbus s’est déroulée en phases successives pour se concrétiser en 2006 par la création d’une joint-venture entre Airbus et Xian Aircraft Industry (XAC), filiale à 100 % de l’avionneur public China Aviation Industry Cooperation (AVIC). En 2005, les constructeurs chinois ont livré à Airbus pour 34,5 millions de dollars de composants avion. Le produit annuel global du partenariat industriel entre Airbus et les compagnies aéronautiques chinoises s’élèverait à environ 200 millions de UDS en 2010 et 450 millions de USD en 2015. Plus de la moitié des 5200 appareils Airbus en service auprès d’environ 290 utilisateurs dans le monde est équipée d’éléments fabriqués en Chine.
Ariane GAFFURI

0 Comments on “La Chine lance son premier Airbus”
Leave a Comment