Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva fait escale à Paris le 1er avril pour une réunion de travail et un déjeuner avec Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Il se rend ensuite à Londres afin de participer au Sommet du G 20 où les pays émergents veulent peser sur les négociations pour ne pas être encore une fois les victimes de la récession. A quelques jours de l’ouverture de l’Année de la France au Brésil, la priorité des deux chefs d’Etat devrait concerner les relations bilatérales car l’achat potentiel d’avions Rafale par l’armée de l’air brésilienne ainsi que la poursuite de l’accord militaire stratégique franco-brésilien sont au cœur d’une relation privilégiée que Brasilia et Paris souhaitent renforcer.
Toutefois, c’est la crise financière mondiale qui sera au cœur des conversations. Fin février, le ministre brésilien des relations extérieures Celso Amorim s’était rendu à Paris avec une lettre de Lula adressée personnellement au président français en lui proposant d’élargir la portée du partenariat stratégique bilatéral pour en faire un outil commun dans la recherche des solutions à la crise. En d’autres termes, Lula proposait une union sacrée franco-brésilienne destinée, d’une part, à faire bloc face aux nouveaux défis de l’économie mondiale et, d’autre part, à obliger les coupables du dérèglement financier actuel à assumer leurs responsabilités.
Que souhaitent les Brésiliens ? Au début de la crise, les autorités de Brasilia se sont inquiétées des menaces d’un renforcement du protectionnisme venant des pays riches. En effet, depuis qu’aux Etats-Unis le mot d’ordre « buy american », c’est-à-dire, achetez américain, a été dépoussiéré par les tenants d’un retour du patriotisme économique, Lula craint la baisse des exportations de son pays à destination des Etats-Unis, le premier partenaire commercial du Brésil. Un exemple : ce pays, qui est l’un des plus grands producteurs mondiaux de biocarburant, se plaint des taxes douanières imposées par les Etats-Unis sur une source d’énergie développée par les Brésiliens et que l’Amérique s’est mise depuis peu à consommer.
Celso Amorim a résumé en deux phrases la préoccupation des exportateurs brésiliens : « Lorsqu’on entend défendre l’emploi chez soi au détriment des emplois d’autrui, il faut s’attendre à un retour de bâton sous la forme d’une baisse de la consommation. Au bout du compte, en protégeant ses emplois on risque d’en perdre plus qu’on en aura gagné. En outre, les pays à la démocratie fragile pourraient être tentés par un nationalisme à outrance, comme dans les années 30, avec de fâcheuses conséquences » a-t-il affirmé début mars dans un entretien au journal Le Monde.
L’arrivée d’Obama à la Maison Blanche a rassuré les Brésiliens. Il y a deux semaines, Lula a été le premier chef d’Etat d’Amérique Latine à être reçu à Washington par le nouveau président américain. Il a été particulièrement satisfait d’entendre son interlocuteur se dire favorable à la solution du problème des taxes à l’importation des biocarburants en provenance du Brésil. Exit le protectionnisme, donc. Mais pour que le Brésil joue pleinement son rôle de pays émergent sûr de ses droits au sommet du G20 il fallait trouver un autre thème porteur pour s’imposer aux 20 participants.
C’est fait. Désormais, la surveillance accrue des banques privées et des fonds spéculatifs par les institutions internationales afin d’éviter qu’un autre séisme financier ne vienne troubler la montée en puissance des émergents sera la principale revendication de Brasilia lors de la rencontre de Londres.
Lula veut que les coupables soient punis de telle sorte que la catastrophe ne se reproduise plus jamais. Lors de la récente visite du premier ministre britannique Gordon Brown à Brasilia, il a mis les pays riches au pilori en assurant que « les problèmes financiers actuels sont la conséquence du comportement irrationnel d’hommes à peau blanche et aux yeux bleus ».Ceux qui, « avant la crise donnaient l’impression de tout savoir, aujourd’hui montrent qu’ils ne savaient rien », a-t-il martelé. Au journaliste de la BBC qui lui a demandé si cette déclaration n’avait pas un contenu idéologique, le président brésilien a répondu”qu’il n’avait jamais rencontré un banquier noir ».
L’intention du gouvernement brésilien est d’obtenir que la surveillance du système financier soit exercée par le Fonds Monétaire International. Mais celui-ci « doit être capable de mettre de l’ordre dans les économies des pays riches après avoir passé son temps à corriger les erreurs des pays pauvres », comme l’a précisé Celso Amorim. D’ores et déjà le Brésil revendique des changements profonds au sein du FMI, notamment en ce qui concerne la composition de son capital et les droits de vote, afin de prendre en compte le poids économique des BRIC.
Contrairement aux autres dirigeants des pays du groupe, notamment la Chine, qui vient de suggérer l’abandon du dollar comme monnaie de réserve internationale, le Brésil ne souhaite pas jouer d’égal à égal avec la nouvelle administration américaine. Tout au plus, le président brésilien demande-t-il aux pays membres du G 20 de « présenter des initiatives concrètes pour que le rétablissement de l’économie mondiale soit la plus rapide possible. Car,” a argué Lula,” si le G 20 de Londres n’est pas autre chose qu’une réunion pour se mettre d’accord sur la date d’une prochaine réunion, nous serons décrédibilisés et la crise deviendra plus profonde ». A propos, quelle est la couleur des yeux de Nicolas Sarkozy?
Any Bourrier
0 Comments on “La peau blanche et les yeux bleus”
Leave a Comment