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Duel au sommet

Au sommet du G20 les Etats-Unis ne sont plus les seuls maîtres du jeu économique mondial. La récession dans laquelle ils sont plongés ne permet plus d’imposer leurs propres réponses à la crise financière née chez eux. Ils doivent compter désormais sur la montée en puissance des quatre plus grands pays émergents, notamment celle de la Chine.

Le déclin américain et la croissance économique chinoise ont créé des tensions qui pourraient être comparables à la guerre froide s’il ne s’agissait que d’économie. Il est clair aujourd’hui que la crise financière, en mettant face à face un capitalisme irresponsable made in USA et une gestion pragmatique de la sortie du sous-développement par les dirigeants du pays le plus peuplé du monde, a fait pencher l’axe hégémonique de la planète dans la direction de la première puissance de l’Asie plutôt que dans celle du leader de l’Occident.

Dans ce contexte, la rencontre en tête-à-tête de Barack Obama et de Hu Jintao, la première depuis l’élection du candidat démocrate à la Maison Blanche, est sans doute l’évènement majeur du sommet de Londres, ainsi que l’annonce d’une nouvelle mouture du Dialogue Stratégique bilatéral, préparée depuis des mois par le secrétaire au Trésor Timothy Geithner et la secrétaire d’Etat Hillary Clinton. Pour les Etats-Unis, le but de ce nouveau partenariat, qui couvre aussi bien l’économie que la diplomatie et la coopération militaire, est de répondre aux derniers défis lancés par la Chine à l’adresse des Etats-Unis, des défis caractérisés par une assurance voire une arrogance sans précédent. Un exemple : la proposition chinoise de remplacer à moyen terme le dollar, monnaie de référence dans les transactions internationales, par les Droits de tirage spéciaux du Fonds Monétaire International.

A Pékin, ce sommet est perçu comme celui du sacre de la Chine en tant que superpuissance capable de se mesurer aux Etats-Unis sur tous les terrains.Et sachant qu’elle est désormais un partenaire incontournable pour résoudre une grande partie des difficultés qui l’attendent, Barack Obama semble avoir compris qu’il devra prendre au sérieux ce nouveau rival aussi bien sur le plan diplomatique que militaire et économique. Le président américain est conscient aussi que le dialogue, plutôt que la confrontation, est le seul moyen d’arriver à une bonne entente avec les dirigeants de ce pays.

Même si la Chine n’est concernée qu’indirectement par la nécessité de relancer la machine économique américaine, il est clair que Pékin sera obligé de donner un coup de main à son principal partenaire commercial dont le marché est la destination première de ses exportations. D’ores et déjà le gouvernement chinois est sous la pression des Etats-Unis pour augmenter ses achats de bons du Trésor - il détient environ 6% de ces bons d’une valeur de 740 milliards de dollars - et pour continuer à démontrer sa confiance dans la monnaie américaine, même si c’est du bout des lèvres. Pékin doit également contourner certains obstacles que la crise a placés sur sa route, comme les tentations de protectionnisme en vigueur actuellement chez son premier client, les pressions américaines pour une modification de la parité du yuan tout en essayant d’assurer la protection de ses propres investissements aux Etats-Unis, menacés par une possible extension de la crise financière.

Dans ce bras de fer avec les Etats-Unis, la Chine a des objectifs bien précis : outre un rôle plus compatible avec son poids économique au sein du FMI, elle veut obtenir de la Maison Blanche une approche plus souple des questions diplomatiques sensibles telles que la souveraineté du Tibet et l’intégration de Taiwan. En ce qui concerne le problème tibétain, les autorités chinoises se plaignent de « l’intromission de Washington dans les affaires intérieures de la Chine », notamment depuis que le représentant démocrate Rush Hold a présenté au Congrès une résolution de soutien au Dalai Lama. Quant à Taiwan, les promesses américaines de fourniture d’armement à l’île rebelle, même si elles sont loin de se concrétiser, déplaisent fortement à Pékin. De même, la proposition des élus démocrates pour un renforcement de l’engagement des Etats-Unis à maintenir leur parapluie protecteur sur Taiwan, dans la logique du « Taiwan Relations Act » datant de 1979, a éveillé des soupçons sur la sincérité de la promesse américaine de respecter le principe de l’existence d’une « seule Chine ».

Les autorités chinoises ont pris l’habitude de dépêcher aux Etats-Unis, à la veille de chaque réunion du comité chargé du Dialogue Stratégique bilatéral, une délégation de haut niveau dont le rôle est d’identifier les nouvelles opportunités d’investissement et d’échanges commerciaux avec les Etats-Unis. La semaine dernière, à la veille de la tenue du G20 de Londres, le vice-ministre chinois des affaires étrangères He Yafei s’est rendu à Washington, à Chicago et à San Francisco à la tête d’un groupe de haut fonctionnaires ayant pour mission d’acheter ou d’investir dans les domaines des services, de la haute technologie et de biens d’équipement. Le gouvernement chinois veut ainsi donner le bon exemple à d’autres pays tentés par le protectionnisme et prouver qu’il est le seul à détenir le pouvoir de restaurer la confiance dans la croissance et le développement de l’économie mondiale, malmenée par une crise provoquée par le laisser-aller et la cupidité des milieux financiers de la première puissance capitaliste du monde.

Any Bourrier

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