Son nom et son prénom la prédisposaient à aimer la France puisqu’elle s’appelle Solange França. C’est donc avec une émotion particulière que, début avril, elle est descendue de l’avion de la compagnie aérienne brésilienne TAM au terminal de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle où un couple d’amis français, des collègues, l’attendait pour l’héberger. Mais le rêve de ce professeur de l’Université de Bahia, a tourné au cauchemar à partir du moment où elle a présenté son passeport à la Police des Frontières.
Après la vérification de ses papiers, y compris du certificat d’hébergement, de la police d’assurance, de ses trois cartes de crédit et de la somme d’argent que Solange portait sur elle, les policiers l’ont arrêtée et conduite à une salle située au sous sol de l’aérogare pour des fouilles plus poussées. Elle y est restée une journée entière, subissant des humiliations inouïes avant d’être expulsée vers le Brésil. Pendant les 22 heures passées dans cette salle que la Police des Frontières réserve aux délinquants et suspects de trafics variés, elle n’a jamais reçu d’explications ni de réponse à ses questions angoissées : pourquoi avez-vous pris tout mon argent et mon passeport ? Pourquoi m’avez-vous arrêtée ? Pourquoi ne suis-je pas autorisée à passer mes vacances en France, à l’invitation d’un couple d’amis français ? De retour au Brésil, Solange França a raconté ses déboires sur l’Internet en jurant que plus jamais elle ne retournerait dans le pays dont elle porte le nom.
Comme ce professeur universitaire de Bahia, des centaines de citoyens brésiliens se rendant en France sont victimes depuis le début de l’année des mêmes mésaventures. Notamment ceux qui ont programmé des séjours de courte durée ou des missions à caractère économique, scientifique et culturel. Les conditions dans lesquelles ces arrestations sont pratiquées ne correspondent à aucun dispositif légal précis et concernent tout aussi bien des enseignants, des chercheurs que de simples touristes. Le phénomène est en train de prendre de telles proportions que plusieurs responsables universitaires brésiliens envisagent de suspendre à très court terme toute implication dans les manifestations de l’année de la France au Brésil, inaugurée solennellement il y a trois semaines.
Selon la presse brésilienne, environ 200 intellectuels auraient déjà été la cible de ces arrestations indiscriminées. Une chose est sûre : pour le seul mois de mars 2009 et pour le seuls vols de la compagnie brésilienne TAM on dénombre 33 professeurs universitaires ayant été interpellés à Roissy Charles de Gaulle. Les journaux de São Paulo et de Rio pointent, entre autres, le caractère arbitraire de ces arrestations et les traitements indignes infligés aux voyageurs.
Il est évident que l’image de la France au Brésil, au moment où au sommet des deux Etats on parle d’un « partenariat stratégique renforcé », est désormais désastreuse. Les retombées de cette affaire qui relève du seul arbitraire du Ministère français de l’Intérieur et de la Direction de la Police des Frontières seront également nuisibles pour le développement des relations économiques et commerciales entre les deux pays.
Pour l’opinion publique brésilienne, l’heure n’est pas au boycott des produits français, comme cela arrive souvent aux Etats-Unis mais à une dénonciation du caractère raciste et xénophobe de ces pratiques, qui auront sans doute des conséquences néfastes sur les commémorations d’une année de la France au Brésil qui s’annonçait festive et chaleureuse. D’ailleurs la communauté française au Brésil a vite compris quels dégâts ces arrestations arbitraires sont en train de provoquer : le professeur d’économie et essayiste Jean-Yves Carfantan, auteur en particulier de l’essai « Le choc alimentaire », paru aux éditions Albin Michel en mars dernier, a écrit à Bruno Durieux, président du Comité National des Conseillers du Commerce Extérieur français pour attirer son attention sur la gravité des faits et sur les premières mesures de rapatriement administratives à l’égard des Français travaillant actuellement au Brésil.
Any Bourrier
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