Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale la Chine et la Russie ont été à tour de rôle les anges gardiens du régime nord-coréen. Staline a porté la République Populaire Démocratique de Corée sur les fronts baptismaux en choisissant l’un des chefs de la résistance à l’occupant japonais - le paysan Kim Il Sung - pour la diriger. Le soutien économique, financier, politique et militaire des Soviétiques a permis à la Corée du Nord de devenir, en dépit de la chute du communisme, ce qu’elle est encore aujourd’hui : une république populaire dotée d’un régime totalitaire, dirigée par un dictateur qui lui a imposé un système répressif basé sur la terreur.Staline, ” le petit père des peuples”, peut revendiquer une autre paternité, celle du programme nucléaire militaire nord-coréen. C’est en effet l’homme fort de l’Union soviétique qui a donné le feu vert pour le transfert de la technologie de l’atome à Pyongyang en vertu notamment de l’adhésion de la Corée du Nord au Pacte de Varsovie et de la présence en Corée du Sud de troupes américaines disposant d’un arsenal nucléaire.
La Chine a elle aussi contribué au renforcement et à la survie de son voisin en lui fournissant une aide militaire importante, en particulier pendant la guerre de Corée (1952).Elle y a envoyé des troupes pour soutenir l’avancée de l’armée du Nord qui voulait conquérir la partie de la péninsule coréenne située au Sud du 38ème parallèle. Plus d’un million de soldats chinois ont traversé alors la frontière et parmi eux le fils aîné de Mao Zedong, décédé lors d’un bombardement de l’aviation américaine. Pékin a ensuite donné sa bénédiction à la mise en place par Kim Il Sung quelques années avant sa mort en 1994 d’une dynastie rouge destinée à pérenniser le système.
Le gouvernement chinois a poursuivi sa politique de soutien sans conditions jusqu’à la fin des années 80. A l’époque, les changements survenus en Chine, notamment la transition économique, ainsi que la reprise des relations diplomatiques entre Pékin et Séoul ont quelque peu altéré la nature des relations sino nord-coréennes. Les dirigeants chinois sont devenus plus exigeants et les dons en provenance du grand frère du Nord ont fait place soit au troc soit à des relations commerciales classiques. Toutefois, la Chine n’a jamais cessé de soutenir diplomatiquement un pays dont elle est séparée par les fleuves Tumen et Yalou car la Corée du Nord a une position stratégique essentielle, dans la mesure où elle assure la sanctuarisation du territoire chinois. Le soutien diplomatique de Pékin a atteint son point culminant en 2003 lorsque le président Hu Jintao a proposé d’organiser des pourparlers à six sur le nucléaire nord-coréen qui se sont soldés par l’accord du 13 février 2007, aujourd’hui moribond en raison des retards et des manœuvres dilatoires des Nord-coréens.
Le deuxième essai nucléaire du 25 mai 2009, près de Kiju, un site proche de l’emplacement du premier essai d’octobre 2006, ainsi que la dernière série de tirs de missiles balistiques dont le point de départ a été le lancement d’un premier engin de longue portée le 5 avril dernier, ont été d’abord perçus, aussi bien à Moscou qu’à Pékin, comme une provocation.
Pour les dirigeants chinois, qui n’aiment pas perdre la face, la deuxième bombe nord-coréenne a eu l’effet d’un camouflet. Mais, après coup, ils s’en sont accommodés, arguant qu’en fait toute cette gesticulation se destine principalement à capter l’attention du président américain Barack Obama. Pékin n’a pas voulu se départir de l’attitude conciliante, légèrement en retrait, qui a marqué ces derniers mois ses relations avec son voisin. Les dirigeants chinois sont conscients que le démantèlement du programme nucléaire militaire nord-coréen est actuellement mission impossible, du moins tant que le règlement de la succession de Kim Jong Il n’est pas achevé. La diplomatie chinoise a choisi d’attendre la fin de ce processus - dont la principale caractéristique est la reprise en main des institutions par l’état major de l’armée - pour renouer des contacts à haut niveau à Pyongyang, tout en ménageant ses bonnes relations avec le petit cercle des descendants de Kim Il Sung qui gouverne aujourd’hui la Corée du Nord.
Pour la Russie, cette nouvelle crise nucléaire dans la péninsule coréenne est presque une aubaine. Car elle lui permet de revenir sur le devant de la scène, d’où elle avait été éloignée dans les années Eltsine, pour reprendre la place perdue après la chute du mur de Berlin. Sans avoir à se soucier des frontières ni de sa sécurité qui n’est pas menacée par le psychodrame qui se joue actuellement à Pyongyang, Moscou en profite pour faire des affaires. Ainsi, les Russes se sont engagés à construire les nouvelles infrastructures portuaires et ferroviaires dont le pays a besoin tout en préparant la mise en place de l’ambitieux projet d’implanter un pipeline qui, allant de la Sibérie Orientale à la Corée du Sud, traverserait toute la péninsule. Les Russes ne cachent pas leur ambition de monopoliser la fourniture de 25% des besoins énergétiques de Séoul. Une fois mis en oeuvre, ce projet va représenter une manne financière pour la Corée du Nord puisque celle-ci recevra d’importantes sommes d’argent pour permettre le passage du pipeline par son territoire, Dans l’état actuel des choses les Russes évitent de pavoiser. Ils restent discrets et jouent en même temps la carte de la Corée du Sud, convaincus que cette dernière souhaite parvenir à une intégration économique avec le Nord afin de stabiliser la péninsule plutôt que de se battre pour une dénucléarisation qui ne viendra pas tant que la dynastie Kim restera au pouvoir à Pyongyang.
Any Bourrier
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