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Les Instituts Confucius, le soft power de la culture chinoise

« La Connaissance est la clé du pouvoir, de la sagesse. » Confucius, Les Entretiens.

Longtemps repliée sur elle-même, la Chine, nouvelle puissance économique, s’ouvre au monde. Depuis les années 1990, elle manifeste une volonté de promouvoir une image positive d’elle-même à l’échelle internationale. Cette approche diplomatique, qualifiée souvent dans les médias au « soft power » (pouvoir doux) a été introduite il y a vingt ans par Joseph Nye, professeur de géopolitique à l’université de Harvard. Le « soft power » prend diverses formes : l’aide internationale, l’intégration aux institutions comme l’ONU et l’ASEAN, le développement des échanges commerciaux… Il se concrétise également par la diffusion de la langue et de la culture chinoise au travers des « Instituts Confucius », tablant là sur un résultat à long terme. Plus la Chine pourra communiquer dans sa propre langue, plus ses idées et son influence pourront être véhiculées dans le monde.

Le « soft power » est, selon Joseph Nye, « la capacité pour une nation d’obtenir ce qu’elle veut en attirant et en persuadant les autres d’adopter ses objectifs » - sans recourir aux méthodes coercitives du « hard power ». La Chine émergente bouleverse l’organisation de l’économie mondiale et suscite l’inquiétude. Aussi par cette transition douce elle se veut rassurante. Elle espère par ailleurs déjouer les critiques qui nuisent à ses intérêts sur la scène internationale.

Baptisés du nom du célèbre humaniste chinois du VI siècle avant JC qui prônait la soumission à une autorité vertueuse, les Instituts Confucius sont calqués sur le modèle de l’Alliance française, du Goethe-Institut ou du British Council. Ils fonctionnent en partenariat avec des universités ou des collectivités publiques. Le gouvernement chinois envoie un représentant officiel et des professeurs chinois pour enseigner le mandarin et la civilisation chinoise. Il subventionne ses partenaires jusqu’à 100 000 euros par an, selon le pays où il est implanté, en échange de la mise à disposition de locaux et de personnel administratif. Le Hanban, le bureau de la Commission pour la diffusion internationale du chinois, administre de Pékin ces Instituts à but non lucratif avec un budget de 25 millions de USD (17,5 millions d’euros) par an.
La Chine met donc les moyens pour « approfondir les relations d’amitié avec les autres nations, promouvoir le développement multiculturel et la création d’un monde harmonieux », lit-on sur le site chinois Confucius Institutes On Line.

Les Instituts Confucius dans le monde

Un Institut pilote ouvre la voie à Tachkent, en Ouzbékistan en juin 2004. Le premier Institut Confucius officiel se créé en novembre 2004 à Séoul en Corée du Sud, suivi de celui de Stockholm en Suède en 2005. En 5 ans, la Chine a créé 249 centres dans 78 pays des cinq continents : aux Etats-Unis, en Allemagne, en Egypte, au Rwanda, au Mexique… Son objectif est d’ouvrir un millier de centres d’ici 2020.

Il existe actuellement 11 Institut Confucius en France. Le premier est inauguré en 2005 à l’université de Poitiers. Puis ont été ouverts ceux de Paris, Rennes, Arras, Strasbourg, La Rochelle, Clermont-Ferrand… Ces établissements offrent principalement des cours de mandarin et forment au diplôme de langue HSK - l’équivalent du TOEFL pour l’anglais - lequel atteste un niveau de chinois courant, permettant d’intégrer une université ou une entreprise chinoise. Dans le cadre du partenariat avec certaines universités, les Instituts Confucius proposent des cours de chinois juridique ou de chinois des affaires, de calligraphie, de Taï Chi Chuan, de gastronomie, ainsi que des séjours linguistiques en Chine, indique Anne Burande, chargée de mission à l’Institut Confucius de l’université de Paris 7-Diderot. Cet Institut, qui compte 300 élèves de chinois, a pour partenaire la Wuhan Institut, une université renommée en Chine. Pour Anne Burande, la Chine a une réelle volonté de communiquer à travers le monde. « Elle sait que le vecteur de la communication c’est la langue. C’est par la langue qu’on apprend à mieux se connaître. »

L’intérêt pour la langue chinoise en France ne se cantonne d’ailleurs pas aux seules universités. Il est proposé, avec le russe, aux élèves du secondaire, à partir de la quatrième. Notons que le chinois n’est pas une langue unique, mais une famille de langues parlées en Chine principalement. La plus répandue est le mandarin, dont est issu le mandarin simplifié ou « putonghua », en chinois « la langue commune » ainsi nommé suite à la réforme du mandarin traditionnel décidée par les autorités communistes après la création de la République Populaire de Chine en 1949. Parlée par plus de 800 millions de personnes, c’est la langue officielle de la Chine et de Singapour, le mandarin traditionnel étant la langue officielle de Taiwan.
« La langue chinoise est un jeu d’associations de caractères qui permet de créer un nouveau mot », explique Zhu Ming, professeur à l’Institut Confucius du Centre Culturel de Chine à Paris. Les cours de chinois, parlé, lu et écrit y sont dispensés selon les méthodes d’apprentissage de langue classique et s’échelonnent sur 7 niveaux. Il faut, dit-il, trois ans pour maîtriser 500 caractères et avoir acquis environ 800 caractères pour « comprendre et s’exprimer sur la vie quotidienne. » Un mois au début des cours est consacré à la prononciation pour aborder les différents tons : 4 forts et 1 léger. Le ton confère la signification au mot et, pour une même syllabe, correspond à des sens différents.

Clément-Noël Douady apprend le chinois depuis environ 7 ans et maîtrise environ 1 500 « mots ». Il suit parallèlement des cours de calligraphie et de Taï Chi Chuan à l’Institut Confucius de l’Université Paris 7-Diderot. Une autre difficulté, selon lui, est « la grande simplicité de la grammaire chinoise », puisqu’il n’y a pas de conjugaison en chinois. Un adverbe indique le temps, le genre… Cet architecte-urbaniste à la retraite, professeur invité à l’Université de Wuhan, a découvert la Chine lors d’un voyage professionnel. Depuis, il s’y rend régulièrement. « Malgré ce long parcours, je ne dirais pas que je parle couramment chinois, mais simplement que j’arrive à me faire comprendre dans les rapports essentiels, discuter avec quelques amis ou avec le chauffeur de taxi à côté duquel je m’assois volontiers à l’avant. »

Est-il nécessaire de savoir parler le mandarin pour communiquer ou négocier avec les chinois, alors que la langue internationale est l’anglais ? « Oui, le chinois est incontournable pour communiquer directement avec son interlocuteur », répond Zhu Ming. « Il n’y a pas que le travail ou la vente d’un produit dans une négociation. Il y a aussi les subtilités de la culture, les sentiments. »

Dessinateur de formation, Clément-Noël Douady s’est aussi initié à la calligraphie. Le dessin ci-dessous, dont il est l’auteur, est extrait du Dao de Jing ou « Livre de la Voie et de la Vertu » attribué au philosophe Lao-Tseu, un contemporain de Confucius. « J’ai d’emblée été fasciné par cette écriture qui ne transcrit pas les sons, mais évoque le sens par des images ou des symboles… Plus profondément elle renseigne sur l’esprit chinois. » L’écriture apporte une dimension culturelle et favorise la remise en question de la vision cartésienne occidentale, souligne-t-il, laquelle s’organise entre les extrêmes opposés, comme la droite et la gauche, le masculin et le féminin. « Lorsqu’on admet qu’il y a du ying dans le yang, on s’intéresse alors plus aux transitions, comme l’aurore ou le crépuscule ou à des combinaisons inimaginables chez nous, comme le socialisme de marché… On découvre aussi que notre individualisme n’est qu’une version des relations sociales possibles, tant ailleurs on donne plus d’importance à la famille, au groupe social, et même à la nation. »

Outre la langue, des conférences sur la Chine animées par des sinologues sont proposées dans les Instituts Confucius. Les thèmes sont multiples : la médecine chinoise, l’histoire de l’art, la Chine face à la mondialisation…. Toutefois, ils n’abordent pas les sujets qui fâchent. « C’est délicat. On ne veut froisser personne », confie Anne Burande, de l’université de Paris 7-Diderot. Au moment des manifestations de 2008 en France en faveur du boycotte des jeux olympiques de Pékin, « les jeunes professeurs chinois se sont sentis personnellement attaqués par les critiques françaises.» Toutefois, poursuit-elle, les mentalités évoluent puisqu’une conférence sur la situation des paysans chinois, un sujet sensible, a été bien accueillie.

Aujourd’hui le « soft power » fait partie de la politique étrangère chinoise partout dans le monde, peu importe le régime politique, la Chine se gardant bien le plus souvent d’intercéder dans les affaires extérieures de ses partenaires. Mais bien que cette transition douce soit manifeste dans l’Asie du Sud-Est, en Afrique et dans d’autres pays en voie de développement, elle reste limitée en Occident. Le bilan des droits de l’homme en Chine, son manque de transparence sur ses dépenses militaires, sa ligne politique vis à vis de Taiwan ou du Tibet inquiètent et affectent son capital de « soft power ».

Ariane GAFFURI

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