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Sport et puissance

Il y a un an, la Chine avait montré au monde que l’organisation d’un événement sportif pourrait être synonyme d’affirmation de puissance. En accordant aux JO de 2008 une portée éminemment politique, puisqu’ils ont été le symbole de l’entrée de la Chine dans le cercle des pays les plus importants de la planète, Pékin avait donné l’exemple. Désormais, pour asseoir son prestige et pour renforcer son influence sur les affaires du monde, il faut être capable de convaincre le Comité Olympique International de sa propre capacité à être l’organisateur de cette rencontre planétaire. Ainsi, les pays du groupe BRIC poursuivent aujourd’hui à travers le sport la conquête d’un plus grand pouvoir sur les affaires du monde. Hier la Russie a conquis de haute main le droit d’être le siège des Jeux Olympiques d’hiver de 2014 à Sotchi. Aujourd’hui le Brésil voit sa position sur la scène internationale renforcée suite au choix de la ville de Rio de Janeiro pour accueillir les JO en 2016.

Pour les pays du BRIC, la dimension politique du sport est désormais considérable. Un exemple : le dossier de Sotchi est géré directement par le Kremlin. Le Premier ministre Vladimir Poutine a fait de l’organisation des JO d’hiver 2014 une affaire personnelle. Et tous les moyens seront mis en œuvre pour qu’ils soient une réussite afin de prouver que la Russie a de nouveau sa place parmi les grandes puissances. La facture des JO de Sotchi, qui atteint 34 milliards de dollars, est financée par le budget fédéral à hauteur de 70%. Au cours des quatre prochaines années, d’énormes investissements viendront doper la réalisation de programmes de construction et de développement des infrastructures, des 14 sites principaux, des hôtels et des liaisons ferroviaires. Par ailleurs, la multiplication par six des dépenses envisagées ne provoque pas de réaction visible des autorités qui ne lésinent pas à ouvrir les caisses de l’Etat pour ces JO, malgré la santé fragile de l’économie russe actuellement. Des appels pressants aux investisseurs étrangers ont été lancés par Moscou dans le domaine de la construction et des équipements sportifs. Les JO de Sotchi doivent délivrer un message: la Grande Russie est de retour.

Selon certains observateurs le choix de la ville de Rio il y a deux jours à Copenhague a obéi à des critères géographiques. Il est vrai que jamais un évènement sportif de cette portée n’avait été organisé en Amérique du Sud. Après l’Australie en 2000 et Pékin en 2008, les membres du Comité International Olympique ont décidé comme l’affirme le quotidien Le Monde « d’étendre ses frontières », ce qui expliquerait la décision de choisir la plus belle ville du continent sud américain comme hôte des JO de 2016. Mais il est clair que d’autres raisons ont convaincu le CIO de jouer la carte brésilienne : le pays est en plein boom économique, il a été le dernier à pâtir de la crise financière internationale et il est, avec la Chine et l’Inde, l’un des premiers à s’en sortir.

Puissance émergente forte, fier de sa position de 10ème économie mondiale, le Brésil a fait comprendre aux membres du CIO que le sport peut aussi devenir un partenaire du développement économique et du progrès social, permettant de mettre en ouvre des projets qui profiteront, après coup, aux classes défavorisées. Mais c’est surtout la reconnaissance du Brésil en tant que puissance émergente capable de peser sur les affaires du monde qui pointait sous les arguments martelés par le président Lula à Copenhague. “Les Brésiliens ne sont plus des citoyens de seconde zone”, a-t -il exulté lors de l’attribution des JO à Rio de Janeiro.

Reste aux autorités brésiliennes à prouver qu’elles pourront tenir toutes les promesses faites au CIO. Il est vrai que de nombreux chantiers sont déjà en cours au Brésil dans l’optique de la Coupe du Monde de Football en 2014. L’Etat et la ville de Rio prévoient d’investir environ 30 milliards de dollars pour que la fête soit belle et pour combler les retards d’une ville certes « merveilleuse » mais aussi chaotique et mal équipée. Car tout reste à faire, en particulier l’amélioration du système de transport, des infrastructures, des stades et des équipements sportifs. Rio doit également trouver des solutions pour résoudre les problèmes de sécurité et pour contenir la spirale de la violence urbaine, un véritable fléau qui empoisonne le quotidien de ses 11 millions d’habitants.

Les autorités assurent qu’elles disposent des ressources indispensables pour atteindre leurs objectifs, notamment la certitude que l’exploitation de gisements pétroliers découverts le long de la côte de l’état de Rio, où un million de barrils/jours devront être extraits des sites off shore les moins profonds d’ici fin 2015. La manne du pétrole pourrait effectivement gérer des bénéfices suffisants pour couvrir les investissements exigés par les JO. Début septembre, de passage à Paris pour le lancement du guide Michelin consacré à Rio, le gouverneur Sergio Cabral ne cachait pas son optimisme quant aux perspectives d’un triplement à court terme du budget de l’Etat grâce au pétrole. De son côté le président Lula serait enclin à dispenser Rio du paiement au pouvoir central des taxes sur sa production pétrolière, pourvu que ces sommes soient destinées aux projets relatifs aux deux grands évènements sportifs que cette ville doit accueillir : le Mondial de football de 2014 et les JO de 2016.

Any BOURRIER

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