Le Brésil, l’Inde et la Chine, ainsi que l’Afrique du Sud, ont proposé un texte pour la conférence sur le climat de Copenhague dont le but est de marquer la différence des pays du groupe BRIC par rapport au projet de déclaration finale envisagé par les pays industrialisés, menés par le Danemark, qui sera l’hôte de ce sommet de l’ONU du 7 au 18 décembre.
Leur proposition a été soumise aux représentants des pays industrialisés lors d’une réunion préparatoire afin de trouver, avant l’ouverture de la conférence, si il y a des points communs entre les positions des uns et des autres et pour éloigner l’hypothèse d’un échec, crainte partagée par la majorité des 65 chefs d’Etat et de gouvernement attendus au Danemark. En effet, le pessimisme semble être de mise car il n’est pas évident que la recherche d’un compromis entre les pays riches et les pays émergents débouche sur un accord acceptable pour tous. En attendant, certains ont pris des engagements, d’autres ont fait beaucoup de promesses. L’Union Européenne, par exemple, a promis de réduire unilatéralement ses émissions de gaz d’effet de serre de 20% par rapport aux niveaux de 1990 et de 30% si les autres suivent son exemple. Aux Etats-Unis, un projet de loi soumis au Congrès propose de réduire d’ici 2020 les émissions de 7% par rapport à leur niveau de 1990. Les pays riches ont promis également de mettre sur la table des sommes très importantes pour financer les projets alternatifs dans le domaine de la production d’énergie notamment.
Les pays émergents souhaitent coopérer mais pas à n’importe quel prix. La Chine, tout en assurant pouvoir réduire de 40% ses émissions de GES d’ici à 2020, ne veut prendre aucune mesure qui pourrait menacer la stabilité de son taux de croissance annuel de 8%, tandis que le Brésil, qui s’est engagé à diminuer de 80 % le déboisement de l’Amazonie dans les dix prochaines années, poursuit sa politique de renforcement de l’élevage bovin extensif, pour lequel la conquête des terres occupées par la forêt amazonienne ou par le Serrado, les savanes du centre ouest, est indispensable. A Brasilia, on n’admet pas que la place du Brésil comme premier exportateur mondial de viande, source de devises importante pour le combat du président Lula contre la pauvreté, soit mise en question dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique.
En dépit de ces multiples manifestations de bonne volonté qui ont précédé l’ouverture du sommet de Copenhague, le défi lancé par les trois membres du groupe BRIC avec la complicité de l’Afrique du Sud est considéré d’ores et déjà comme la preuve des difficultés insurmontables qui attendent les négociateurs. Les pays du BRIC ont fait savoir qu’ils n’accepteront pas de se voir assigner des objectifs contraignants en terme de réduction des gaz à effet de serre, les GES. Ils réclament également un financement plus important pour adapter leurs modes de production à la lutte contre le changement climatique. Car leur hantise est le prix à payer : les pays du groupe BRIC considèrent que les nations industrialisées n’ont pas le droit de donner des leçons en la matière parce qu’elles ont bâti leurs croissances sans se soucier des effets sur l’environnement et que les pollueurs doivent être les payeurs. Aujourd’hui, alors que les pays émergents réussissent à sortir du sous-développement le moment n’est pas venu, selon eux, d’ imposer des contraintes qui freineraient leur montée en puissance.
Paradoxalement, l’Inde est le membre du groupe BRIC qui prône la plus grande fermeté à Copenhague. Quatrième émetteur mondial de GES avec environ 1000 millions de tonnes d’équivalent CO2 rejetées en 2008, ce pays ne souhaite pas être mis au banc des accusés. Dotée d’une population d’un milliard d’habitants, affichant de forts taux de croissance, l’Inde revendique à juste titre son accès à toutes les sources d’énergie pour poursuivre son ascension économique et refuse les mesures internationales qui pourraient freiner son développement. L’Inde n’accepte pas non plus de payer le coût des réductions d’émissions des GES car ses dirigeants ont la certitude que les pays industrialisés sont les responsables pour 80% des ces émissions.
Au crédit de l’Inde, sa politique de « développement propre », grâce notamment au savoir scientifique, à sa communauté d’ingénieurs et de chercheurs mise à contribution depuis un certain temps pour lutter contre le rejet des gaz à effets de serre dans l’atmosphère. Enfin, l’Inde investit actuellement dans la construction de petites centrales nucléaires d’une capacité de 500MW chacune suivant ainsi le modèle du Canada, dont la réussite dans ce domaine est exemplaire.
La Chine, en revanche, abordera les négociations de Copenhague dans une position inconfortable : comme l’Inde, elle refuse tout engagement contraignant car sa hantise est le maintien de son taux de croissance actuel et du niveau de vie de sa population, tous les deux garantissant la légitimité du régime en place. Mais elle doit aussi prouver au reste du monde qu’elle est une puissance responsable, destinée à devenir la deuxième économie mondiale à brève échéance et donc capable de coopérer avec les partenaires occidentaux. Malgré cet exercice difficile pour la diplomatie chinoise, Copenhague pourrait bien représenter une chance pour la Chine, celle de refonder un système économique à bout de souffle, qui reposait jusqu’alors sur une croissance exponentielle, sur le gaspillage des ressources naturelles et sur un coût humain très élevé.
Le sommet de Copenhague pourrait donc donner à la Chine l’occasion de repenser son modèle et, surtout, de trouver des solutions pour ses problèmes énergétiques, notamment la prédominance du charbon, la sécurité de son approvisionnement en énergie, la demande chinoise représentant aujourd’hui 15% de la demande énergétique mondiale.
Le Brésil enfin. Depuis l’annonce de la tenue du sommet de Copenhague, le président Luiz Inacio Lula da Silva parcourt le monde à la recherche de soutiens et d’accords avec des partenaires représentant tous les continents. A Paris, il a négocié avec le président Nicolas Sarkozy un document baptisé par lui-même de « bible climatique ». A Manaus, il a réuni les pays du bassin amazonien pour aboutir à une position commune des riverains du poumon du monde, menacé par la déforestation.
Mais, à l’instar de la Chine, le Brésil ne sera pas très à l’aise à Copenhague. Deuxième émetteur de GES de la planète, ce pays est responsable pour la plus grande déforestation au monde, celle qui touche l’Amazonie où, entre 2000 et 2005, 31 000 km2 de forêt ont été rasés. Plus que les gaz émis par les transports, la déforestation est la responsable de 20% des émissions de GES sur terre, un taux supérieur à toute autre forme d’émission. Mais le Brésil pourra compenser sa défaillance en matière de déforestation grâce à son modèle énergétique unique au monde, qui mise sur une très forte utilisation des énergies renouvelables, notamment les bio carburants et l’énergie hydraulique. Peu importe les ambiguïtés du discours de Lula, le Brésil se présente à cette conférence comme le porte-drapeau des pays émergents. Le paradoxe est que les pays du groupe BRIC, qui ne veulent pas de contraintes imposées à Copenhague, seront les principaux responsables de la majorité des émissions de GES dans l’avenir.
Any Bourrier
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