Le train est un moyen de transport traditionnel très prisé en Russie. En témoigne le Transsibérien, la ligne mythique des tsars, une des plus longues du monde (9 288 km), créé en 1888, et reliant d’Ouest en Est Moscou à Vladivostok en traversant 990 gares.
Avec 85 500 kilomètres de voies, la Russie détient le plus important réseau ferré électrifié du monde. Elle se classe au deuxième rang mondial, après les Etats-Unis, pour ce qui est de la longueur du réseau, avec 123 600 km de voies. Comparativement, la Chine possède le deuxième réseau électrifié du monde avec 50 145 km de voies. Le train russe fournit 85 % du trafic total de marchandises et 40 % du trafic passagers. 20 % du chiffre d’affaires marchandises et 15 % du trafic passagers par rail dans le monde sont réalisés en Russie. En 2007, le marché des équipements ferroviaires était évalué à
10,4 milliards d’euros.
Ayant d’importants besoins dans le domaine ferroviaire, la Russie a entrepris de moderniser son réseau, d’ici 2030, et de l’étendre, à terme, à la CEI (Communauté des Etats Indépendants, qui comprend 11 anciennes républiques soviétiques). Le pays cible son action sur la construction d’une nouvelle génération de trains passagers et de fret, l’acquisition de trains à grande vitesse, l’extension de voies ferrées, la rénovation des voies existantes et des usines les fabriquant. Le pays souhaite aussi moderniser certaines gares et créer une ligne Moscou-Sotchi en prévision des Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi en 2014.
Pour réaliser ce projet ambitieux, qui coûtera 350 milliards d’euros sur 20 ans, le géant russe de matériel ferroviaire Transmashholding (TMH) et le constructeur français Alstom ont conjugué leur force.
Créé en 2002, Transmashholding (TMH) est le leader russe de construction mécanique. Il fabrique des locomotives électriques et diesel, des wagons de fret et de passagers, des convertisseurs… Avec un chiffre d’affaires de 2,7 milliards d’euros en 2008, TMH est le principal fournisseur de matériel roulant de l’opérateur national les Chemins de fer de Russie (RZD), lequel détient 25 % du contrôle de la compagnie mère de TMH depuis 2007. RZD est le principal employeur du pays (1,2 million de personnes). Grâce à lui, 1,3 milliard de passagers circulent et 1,3 milliard de tonnes de marchandises sont affrétées par an.
Présent en Russie depuis 1975, Alstom apporte son savoir-faire technologique dans la modernisation du processus de production des entreprises de Transmashholding et le développement d’une nouvelle technique ferroviaire. Le holding français acquiert 25 % + 1 action du capital de la compagnie mère de TMH, dont le prix serait fonction des résultats de TMH sur la période 2008-2011.
Alstom est particulièrement performant dans les domaines de construction de locomotives, de trains à grande vitesse et à deux niveaux. Depuis le lancement du TGV en France en 1982, Alstom a vendu 70 % des trains à 300 km/h ou plus circulant dans le monde. En 2007-2008, l’entreprise a enregistré un chiffre d’affaires de 5,5 milliards d’euros et des commandes en hausse de près de 40 %, et ce malgré la crise qui l’a durement frappée en 2004.
La coopération technologique entre Alstom et TMH a fait l’objet de la création d’une joint-venture détendue à 50% par chacune des deux parties. La phase initiale de cette collaboration a déjà permis de planifier la rénovation de 3 usines de TMH à Demikhovo, Bryansk et Tsentrovarmash, et de 9 autres par la suite. Le premier produit issu de ce partenariat est la construction d’une locomotive électrique dans l’usine de TMH à Novotcherkassk et la création de luxueux wagons à deux étages équipés de couchettes, de sièges, de douches, d’un restaurant… Les travaux prévus seront réalisés à 80 % en Russie.
Etant donné les longues distances, le pays a tout intérêt à déployer les trains de grande vitesse. Un autre projet phare est la fabrication en 2010 de l’Allegro, pouvant atteindre la vitesse de 220 km/h, assurant la liaison entre Saint-Peterbourg et Helsinski en environ 3 heures au lieu des 5 heures actuelles.
Par ailleurs, la création de 40 nouveaux Centres terminaux et logistiques (TLC) est prévue d’ici 2015 à Moscou et dans les principales villes, telles que Leningrad, Yekaterinburd, Nizhny Novgorod… 23 300 locomotives,
996 000 voitures de marchandises et 29 500 voitures de passagers seront acquises. De plus, 20 000 km de nouvelles voies seraient construites pour assurer de meilleures liaisons inter-régionales et le transport des zones industrielles aux nouveaux dépôts de minéraux. Le pays a besoin de
1000 locomotives neuves pour affréter le pétrole, les minerais et le charbon.
Notons que le marché ferroviaire russe répond à des normes spécifiques et strictes. Par exemple, l’écartement des rails est de 1520 mm dans le pays, alors que le standard européen est de 1435 mm. Etendue sur 17 millions de km2 (32 fois la France), la Russie connaît des contraintes géographiques et climatiques, avec des températures pouvant descendre jusqu’à -50°. Les trains doivent donc pouvoir supporter des variations de températures fluctuant entre +10° et -50° dans une même journée.
Dans le cadre de ce vaste projet de modernisation, la Russie a aussi fait appel à l’expertise d’autres constructeurs internationaux. L’Allemand Siemens notamment a élaboré en 2009 le Sapsan, un train à grande vitesse (250 km/h) entre Saint-Peterbourg et Moscou, qui aurait atteint cette année le record de
281 km/h. La Russie collaborerait prochainement avec la Chine pour construire une ligne de chemin de fer Vladivostok – Khabarovsk, pour un coût 20 % inférieur à celui des autres pays.
Pendant ce temps, Alstom Transport inaugure une nouvelle génération de trains à grande vitesse, l’AGV, annonce Le Figaro, un train qui roulera plus vite (environ 350 km/h contre les 320 km/h du TGV), qui sera plus écologique et plus spacieux. Histoire de rester compétitif et de garder un train d’avance…
Ariane Gaffuri

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