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La Chine et l’Afrique

Depuis 2009, la Chine est officiellement devenue la deuxième puissance économique du globe. Elle a réussi, malgré la crise, à maintenir un rythme de croissance en hausse. Ses relations commerciales augmentent de 25 % par an, dépassant les 10 % annuels de croissance des échanges mondiaux, selon la Standard Bank. Pour assouvir ses besoins d’expansion industrielle, la Chine a besoin d’importer les matières premières brutes qui lui font défaut et de consolider ses sources d’approvisionnement dans le monde, en Afrique notamment.
Alors que la population vit au-dessous du seuil de pauvreté dans plus de 20 nations du continent, l’Afrique est riche en ressources naturelles comme les hydrocarbures et minéraux, entre autres. Second partenaire commercial de l’Afrique après les Etats-Unis, la Chine exporte dans 20 pays et importe dans 32 pays du continent. L’Afrique du Sud, l’Angola, le Nigeria, le Soudan, l’Egypte et l’Algérie figurent parmi ses partenaires privilégiés et représentent « les 2/3 des échanges sino-africains », écrit François Lafargue, auteur de « La guerre mondiale du pétrole. » Le commerce sino-africain a été multiplié par 20 depuis 1997. Il est passé de 22, 3 milliards de USD en 2000 à 166 milliards en 2008.

L’Afrique et les pays du groupe BRIC

Bien que la Chine soit le plus puissant partenaire de l’Afrique parmi les pays du group BRIC, les autres pays émergents ne se sont pas en reste. Depuis 2003, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva s’est rendu en Afrique plus souvent que ses homologues du groupe, établissant des échanges bilatéraux qui ont évolué de 3,1 milliards de USD en 2000 à 26,3 milliards en 2008. A l’expiration de son second mandat, fin 2010, Lula va créer une grande Fondation dont le but est de financer des projets de développement dans le continent africain.
L’Inde suit de près avec 130 projets et un investissement d’environ 192 millions de USD par projet. L’Inde importe 70 % de pétrole de la Chine. Le président russe Dimitri Medvevev a, quant à lui, scellé des accords d’exportation notamment dans le domaine industriel car la Russie est elle aussi un grand producteur de matières premières. Parmi les projets en cours on peut citer la production de ciment, de zinc, de céréales, de produits de distillation et même la construction d’avions.

Import-export sino-africain

La Chine est le troisième importateur de pétrole africain après les Etats-Unis et le Japon. L’Angola est son principal fournisseur (23 milliards de USD en 2008), suivi du Soudan, du Gabon, de la République Démocratique du Congo, de la Guinée équatoriale. Le pétrole représente 70 % de la valeur des importations chinoises dans le continent. Les Chinois achètent aussi du fer, du cuivre, du chrome, du coltan (utilisé dans la fabrication de téléphones portables), du bois, du coton, de l’or, du café, du thé, du tabac… Les importations en métaux proviennent principalement de l’Afrique du Sud (2 milliards de USD), de la République Démocratique du Congo et du Ghana.
La Chine investit également dans le traitement industriel sur place. Au Nigeria, par exemple, elle a dépensé 4 milliards de USD en 2006 pour moderniser la raffinerie de Kadouna au nord du pays.

L’Afrique représente pour la Chine, d’autre part, un vaste marché pour les exportations de capital. Quant à la production industrielle chinoise, elle est en progression elle aussi, ayant passét de 1 milliard de USD en 1992 à 54 milliards en 2008. Les Chinois approvisionnent le continent en textiles, équipements électriques, réacteurs nucléaires, véhicules, fer, acier, coton, céramique, verrerie… Les entreprises chinoises se développent encore dans le secteur des télécommunications, de la construction de bâtiments, de routes.

Selon des sources du gouvernement chinois, quelques 750 000 citoyens de la République Populaire de Chine sont présents dans 49 des 53 pays du continent. Ils sont pour la plupart des ouvriers travaillant dans les hydrocarbures, les minerais et le commerce. Des hommes d’affaires chinois ont saisi le marché à fort potentiel de l’Afrique pour réaliser des opérations commerciales, ouvrir des boutiques, des restaurants, des entreprises dans les grandes villes du continent. A Dakar au Sénégal, par exemple, une importante diaspora chinoise s’est lancée dans le commerce de produits de haut et de bas de gamme, permettant aux sénégalais d’acheter en gros et de revendre au détail dans les coins reculés du pays. Certains Chinois font fortune. C’est le cas de Philippe et Jessica Yé, qui, comme le rapporte l’hebdomadaire Le Point, ont monté un commerce de pacotilles chinoises, puis un restaurant, une boîte de nuit, une usine de cadres de fenêtres en aluminium, une filière d’importation de ciment chinois jusqu’à devenir propriétaires de la plus grande concession forestière du Congo Brazzaville , d’une surface de 800 000 hectares.

Relations historiques

La conférence de Bandung en 1955 a rassemblé pour la première fois 29 pays africains et asiatiques. Elle a marqué l’entrée des pays du tiers-monde et non-alignés sur la scène internationale. En 1970, la Chine a établi des liens diplomatiques avec les dix pays africains devenus indépendants, à l’exception de la Libye.A l’époque, son objectif politique était d’influer sur certains gouvernements africains en vue d’obtenir un siège permanent à l’ONU, siège occupé depuis 1949 par Taiwan. C’est en partie grâce aux votes de nombreux Etats africains qu’elle parviendra à détrôner Taiwan en 1971. Autrefois bien représenté en Afrique, Taipei ne traite plus aujourd’hui qu’avec
4 pays : la Gambie, Swaziland, le Burkina Faso, et Sao-Tomé-et-Principe. La première grande opération sino-africaine a été la construction dans les années 1970 d’une ligne de chemin de fer reliant la Tanzanie à la Zambie.

Les intérêts de la Chine en Afrique ne se cantonnent pas à l’import-export. La Chine investit pour des raisons stratégiques, comme c’est le cas en Ethiopie - dont les ressources sont essentiellement agricoles - où elle a construit « les meilleures routes du pays », témoigne Andrew Mold, économiste à l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE).
« La Chine est présente dans ce pays parce que Addis Abeba est la capitale diplomatique de l’Afrique sub-Saharienne. C’est aussi là que se trouve l’Union africaine (UA) ».
D’autre part, un des défis à relever pour la Chine - et l’Inde - est l’acquisition de terres arables pour assurer sa sécurité alimentaire. « La terre arable en Chine est une des plus basses du monde et un obstacle à son développement », souligne Andrew Mold.

Une présence inquiétante ?

Les gouvernements africains sont partagés quant à l’influence grandissante des chinois chez eux. N’interférant pas dans les affaires intérieures, les Chinois sont des partenaires commerciaux productifs plus « souples » que les Occidentaux, souvent accusés de néocolonialisme. Cette souplesse a ses travers. Au nom de la non-ingérence et de la souveraineté des états, la Chine traite avec certains pays d’Afrique sans se préoccuper des problèmes de bonne gouvernance. En outre,la crainte d’un colonialisme à la chinoise perturbe ceux qui craignent que cette forte concurrence ne détruise le potentiel industriel déjà faible de l’Afrique.
Dans ce contexte, les récents pourparlers entre la Chine et la Banque Mondiale présentent un grand intérêt. Il est question de créer des zones franches d’exportation en Afrique subsaharienne et d’y déplacer des industries chinoises de produits comme les jouets, chaussures… « Les zones franches ont été une des clés de la réussite du développement de la Chine ces vingt dernières années. Elle a pu ainsi augmenter ses exportations de textiles, de produits électroniques… Mais l’Afrique n’a pas eu le même avantage », estime Andrew Mold.
Si les gouvernements africains parviennent à « bien négocier » avec la Chine, poursuit-il, cette initiative permettrait à l’Afrique de diversifier et de développer son potentiel industriel et à la Chine de consolider ses intérêts stratégiques sur place et sa légitimité sur la scène internationale.

Ariane GAFFURI

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