Fin janvier, le gouvernement chinois a annoncé sa décision de créer une Commission d’Etat de l’énergie (CEE) présidée par le Premier ministre Wen Jiabao. Son objectif est de mettre en œuvre toute une série de mesures stratégiques dans le domaine énergétique et, surtout, de veiller à leur application.
La commission sera un organisme plus puissant que tous les autres ministères chinois. Il s’agit donc d’un signal fort du gouvernement qui affirme ainsi sa volonté de donner un coup d’accélérateur à la politique énergétique de la Chine. Pour preuve, le patron de cette Commission sera le tout puissant Premier ministre Wen Jiabao. A ses côtés, une équipe de haut fonctionnaires et de technocrates respectés, par exemple le premier vice-Premier ministre Li Keqiang ou le chef du bureau des Affaires générales de la CEE Zhang Ping, entre autres
Deuxième preuve de la volonté du gouvernement chinois d’étoffer la CEE : elle rassemblera les représentants de 21 corps et administrations de l’Etat. Bref, elle va regrouper, outre le premier ministre, les responsables des ministères les plus importants, dont la compétence s’étendra du domaine économique jusqu’à diplomatie et les affaires militaires. En d’autres mots, la sécurité énergétique est aujourd’hui la priorité des gouvernants chinois
La situation énergétique actuelle
Avant la création de cette commission, ce secteur était la chasse gardée de l’Administration nationale de l’Énergie. Mais cette dernière n’avait pas le poids d’un véritable décideur. Par ailleurs, l’énergie a toujours été un secteur très divisé en Chine, de sorte qu’il fallait y mettre un peu d’ordre et de clarté.
Avant la création de la Commission, plusieurs administrations avaient leur mot à dire sur la politique énergétique : la Commission d’ Etat pour le Développement et la Réforme décidait le prix de l’énergie, en particulier de l’essence, du gaz et de l’électricité. Le ministère des Sciences et Technologies était le responsable du développement de l’électricité nucléaire, le ministère des Eaux décidait de la construction des centrales hydrauliques. Les compagnies de pétrole et de gaz, quant à elles, dépendaient de la Commission de Contrôle et de Gestion des biens publics.
Par conséquent, depuis la suppression de ministère de l’Industrie énergétique en 1993, la Chine n’avait pas d’ administration unique pour prendre les décisions nécessaires dans ce domaine. La fixation des prix, l’accès au marché, les taxes, la politique commerciale, les normes pour garantir la sécurité de la production dépendaient tous de services différents. Aucun ministère chinois n’avait le dernier mot sur la politique énergétique. La mauvaise coordination entre les ministères avait ainsi conduit à une faible efficacité dont la principale conséquence était l’incapacité de satisfaire aux besoins du pays, tant pour l’approvisionnement que pour le développement des énergies propres.
Malheureusement, l’Administration nationale de l’Énergie, créée en 2008, n’a pas inversé la situation. En 2008, il a été envisagé de créer un Ministère de l’ Enérgie. Mais comme les autres ministères concernés n’ont pas voulu céder la moindre parcelle de leur pouvoir, on s’est contenté de créer un administration. Aujourd’hui, l’existence même de cette l’Administration nationale de l’Énergie représente en quelque sorte un compromis.
La CEE sera-t-elle efficace ?
Compte tenu de sa croissance économique particulièrement rapide depuis 30 ans, la Chine a un besoin énorme d’énergie. Depuis 1993, ce pays est un grand consommateur de pétrole, dépassant en 2009 le Japon pour devenir le deuxième importateur après les Etats-Unis. En 2009, également, les importations ont pour la première fois représentée 50% du pétrole consommé en Chine
Aussi bien pour assurer sa sécurité énergétique que pour développer son industrie à un taux minimum de carbonne, la Chine a besoin d’une politique d’énergie efficace, avec une vision globale aussi bien sur le plan intérieur qu’à l’internationale. Mais la création d’une telle commission sera-t-elle à la hauteur des enjeux? On peut en douter.
La Commission d’Etat de l’énergie ne sera pas un organisme permanent. Les affaires courantes seront assurées en partie par l’ Administration nationale de l’Énergie. Selon l’économiste Lin Boqiang, le rôle de la Commission sera divisé entre la gestion macro économique et la coordination des services concernés. Les autres décisions et mesures reviendront à l’Administration nationale de l’Énergie.
Niu Li, économiste du Centre d’Informations d ’Etat (State Information Center) et spécialiste de l’énergie, pense lui aussi que si le premier ministre, entouré de ministres si importants, a pris ce secteur à bras le corps, ce n’est pas pour s’occuper des sujets somme toute mineurs comme le prix d’électricité ou de l’essence mais pour prendre des décisions hautement stratégiques.
Alors quelle sera la nouvelle stratégie du gouvernement chinois? ‘‘La commission est à même d’élaborer la stratégie énergétique, mais cela ne veut pas dire qu’elle va le faire tout de suite’’, conclut Niu Li.
Pékin, Xiao LIN

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