Les quatre grands pays émergents font face actuellement à un défi : décider de l’avenir du BRIC . Devra-t-il rester un groupe informel qui n’a pas de réel pouvoir de décision sur les affaires du monde ou doit-il se transformer en une organisation formelle, institutionnalisée, capable d’agir dans d’autres domaines que l’économique ? Un premier élément de réponse a déjà été donné par le Brésil, le pays hôte du deuxième sommet des BRIC réunissant à Brasilia les chefs d’Etat ou de gouvernement de l’Inde, de la Chine et de la Russie. En effet, aussi bien dans la capitale fédérale que dans la ville de Rio des représentants des banques privées, des banques de développement, des ministères de l’agriculture et de haut fonctionnaires spécialisés dans les affaires stratégiques de chacun des quatre pays cherchent des positions communes dans les domaines financier, des investissements, du changement climatique, de la sécurité alimentaire et de la réforme des institutions internationales. Une autre première est la présence de délégations de think tanks des quatre pays, dont une dizaine de membres de la très respectée Académie Chinoise des Sciences Sociales partis de Pékin au début de la semaine avec la nombreuse délégation du président Hu Jintao.
Un deuxième élément de réponse est la place accordée dans l’agenda du deuxième sommet à une discussion de nature politique : la prise de position commune sur l’Iran et sa menace nucléaire, un sujet ultra sensible aussi bien pour la Chine et la Russie en raison de leurs relations privilégiées avec le régime iranien que pour le Brésil. Ce dernier s’oppose en effet au nom d’une amitié très ancienne avec l’Iran aux projets de sanctions contre Téhéran en cours d’examen à la Maison Blanche.
Ce deuxième Sommet est aussi l’occasion pour la Chine, le Brésil, l’Inde et la Russie, auxquels est venu faire compagnie l’Afrique du Sud - déjà membre d’un autre groupe régional informel l’IBAS - d’insister sur deux objectifs largement discutés lors du premier sommet réalisé en Russie l’année dernière : d’une part, renforcer le rôle joué par les quatre membres dans les instances internationales grâce notamment à leur poids économique nouvellement acquis et grâce également à la manière exemplaire dont ils ont surmonté la crise financière mondiale née aux Etats Unis. Et, d’autre part, créer de nouveaux liens de coopération multilatérale et bilatérale. Car les échanges entre le Brésil et la Chine, entre l’Inde et la Russie ou entre la Chine et l’Inde ont augmenté sensiblement au cours de l’année dernière et continuent à croître cette année. A tel point que le Brésil et la Chine ont pris la décision de créer une Commission de coordination et de coopération de haut niveau baptisée COSBAN. Elle est dirigée par le vice-président brésilien José Alencar et par le vice-premier ministre chinois Wang Qishan qui signeront à Brasilia, pendant la visite d’Etat du président Hu Jintao qui se tient après le deuxième Sommet, un Plan d’action conjointe 2010 -2015 pour définir quels seront les nouveaux axes prioritaires des relations bilatérales dans les domaines du commerce, des investissements, de la recherche et des nouvelles technologies.
Les deux pays cherchent à développer les échanges dans plusieurs secteurs économiques. Le Brésil, par exemple souhaite que le marché chinois s’ouvre à ses producteurs de viande dont les exportations vers la Chine ont chuté de 85 millions de US$ en 2005 à 1,9 million de US$ en 2009. Brasilia vise également à renforcer les achats chinois dans le secteur aéronautique notamment auprès du constructeur EMBRAER. Par ailleurs, les autorités brésiliennes courtisent les investisseurs chinois sur leur territoire et proposent à la Chine un accès privilégié aux ressources naturelles indispensables à sa croissance. L’entreprise publique PETROBRAS, qui a le monopole de l’exploitation pétrolière, s’est lancée dans un plan d’investissement de plusieurs milliards de US$ sur cinq ans et voudrait obtenir le soutien de la China Development Bank qui finance la plupart des projets énergétiques de Pékin à l’étranger. En échange de ces crédits, le chinois Sinopec pourrait se voir garantir des livraisons de 60 000 à 100 000 barils de brut par jour par la PETROBRAS, tandis que les autres géants chinois tels que PETROCHINA, UNIPEC et SINOCHEM recevraient entre 100 000 et 200 000 barils supplémentaires.
L’accroissement rapide des relations commerciales entre la Chine et le Brésil est perceptible surtout dans le domaine du commerce extérieur : les exportations brésiliennes vers le marché chinois ont connu 65 pour cent d’augmentation pour atteindre 20.190 milliards de dollars au cours de l’année 2009. Le géant sud américain exporte vers la Chine des avions, dont la vente a atteint 4,7 milliards de US$ en 2009 ; du minerai de fer pour 10,5 milliards de US$ ; du soja en grains ou transformé en huile et du pétrole, mais souhaite diversifier la liste des produits vendus aux Chinois.
Le Brésil achète des produits finis aux sociétés chinoises et le total de ses importations en provenance du géant asiatique a atteint l’année dernière 15.911 milliards de US$. Brasilia cherche maintenant à attirer les investisseurs de l’ancien Empire du Milieu dont les réserves en devises et le taux d’épargne des ménages sont les plus forts du monde.
L’économie est présente tout de même dans ce deuxième Sommet des quatre grands pays émergents comme c’était déjà le cas lors du premier Sommet organisé en Russie. Certains thèmes sont devenus récurrents, comme le rôle et l’influence des BRIC sur les grandes décisions touchant à l’ordre économique mondial. Si le Brésil, la Chine, la Russie et l’Inde ont réussi effectivement à s’imposer sur la scène mondiale comme un groupe de pays émergents puissants, ils ne peuvent plus se contenter de déclarations de principe comme lors du premier Sommet. On attend des BRIC désormais des décisions concrètes et des mesures fortes, à la hauteur de leur poids dans l’économie du monde.
Any BOURRIER
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