
L’un des principaux résultats du sommet des BRIC réalisé en avril dernier à Brasilia a été la certitude que l’interdépendance des économies du Brésil et de la Chine est un processus en cours qui va s’accélérer dans les années à venir. Pour preuve, le « Plan conjoint d’action pour cinq ans » signé lors de ce Sommet par les présidents Lula et Hu Jintao. Ce plan prévoit le renforcement des liens économiques, bien sûr, mais également le renforcement des relations diplomatiques e culturelles.
Certes, le document pourrait connaître le même destin que tant d’autres et n’être finalement qu’une liste des bonnes intentions opportunistes. C’est sans compter avec la volonté et le dynamisme des Brésiliens, qui ont saisi cette occasion pour mettre en œuvre une offensive en Chine avec des moyens exceptionnels. L’occasion était trop belle. Conscients de l’importance que les dirigeants chinois accordent à la réussite de ce symbole de leur montée en puissance que représente l’Exposition Universelle de Shanghai 2010, les décideurs brésiliens ont profité de la Journée du Brésil à l’Expo, le 4 Juin, pour y déployer leur puissance et leur pouvoir de séduction. La fête devait être d’abord diplomatique et culturelle. Mais il fallait aussi faire comprendre que le Brésil est aujourd’hui une puissance économique incontournable.
C’est la CVRD ( Companhia do Vale do Rio Doce) ou VALE, qui a ouvert les festivités le 2 Juin. La Chine est son premier client à l’international, consommant 15% des exportations du plus grand producteur mondial de minerai de fer du monde. Pour faire plaisir à ce client privilégié, VALE a accepté d’être le sponsor du Pavillon du Brésil et a profité de son inauguration pour y fêter sa propre journée, en présence du ministre brésilien de l’économie Guido Mantega et d’un important contingent de patrons chinois, parmi lesquels les dirigeants des 8 Joint Ventures créées par VALE en Chine, en s’associant avec des géants comme Baosteel ou Chalco ( Aluminium Corporation of China Limited). La journée de la multinationale brésilienne à l’Expo s’est soldée par un dîner VIP à l’hôtel Intercontinental pour commémorer l’ouverture de ses nouveaux bureaux à Shanghai.
Le lendemain c’était le tour du tout puissant Conseil Economique Brésil Chine, présidé, côté brésilien, par l’ancien ministre de l’Industrie et du Commerce Extérieur Sergio Amaral et, côté chinois, par Miao Genshu. 680 personnes, parmi lesquelles 400 décideurs chinois se sont réunies à l’hôtel Four Seasons pour écouter une présentation des enjeux économiques brésiliens et mondiaux préparée par Guido Mantega. Le ministre brésilien de l’économie en a profité pour plaider la diversification des exportations vers la Chine, en souhaitant que « davantage de produits brésiliens à forte valeur ajoutée fassent leur percée sur le marché chinois ».
Car le Brésil ne souhaite pas rester le principal fournisseur en matières premières de la Chine, une position qui donne des complexes d’infériorité à Brasilia. En fait, les dirigeants économiques brésiliens demandent à Pékin que son immense marché soit plus ouvert aux exportations brésiliennes dans d’autres domaines que les commodities : l’agro industrie, la viande bovine, les automobiles, entre autres. En échange, Mantega voudrait que la Chine ne se cantonne plus dans le rôle de fournisseur de biens de consommation au Brésil et devienne investisseur dans plusieurs domaines, notamment dans les infrastructures et dans le marché brésilien de capitaux.
Enfin, la journée du Brésil à l’Expo a été l’occasion de faire plaisir aux visiteurs chinois de cette grande foire, en mettant en avant l’un des points forts des Brésiliens : leur talent pour jouer au football. A l’approche de l’ouverture de la Coupe du Monde en Afrique du Sud, le Pavillon brésilien se prépare à offrir aux supporters chinois des retransmissions sur écran géant des principaux matchs du Mondial. Le but est de rapprocher les deux peuples car, comme l’expliquait à juste titre l’ancien ministre Sergio Amaral, « nos relations sont excellentes, la Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial du Brésil mais nous ne nous connaissons pas suffisamment. Il y a une ignorance réciproque contre laquelle il faut se battre. » D’ores et déjà le Conseil Economique prévoit des cours de formation pour les hommes d’affaires brésiliens qui souhaitent investir en Chine et le « Plan Conjoint d’Action pour 5 ans » a un large volet consacré au développement des relations culturelles bilatérales parce que le niveau de connaissance mutuelle reste tout de même assez faible si comparé au rythme des échanges commerciaux et des investissements.
Any BOURRIER
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